Aux avant-postes

AUX AVANT-POSTES

Chambley (14 août).

Les événements se précipitent. Le 2 août, c’est la mobilisation générale, et puis, enfin, la déclaration de guerre par l’Allemagne. Au soir du 3, un bataillon ennemi, violant la frontière, est venu procéder à la destruction de la station de Homécourt.

Dans cette riche région de la Lorraine, aux moissons abondantes, le bataillon est installé dans les fermes et les villages ; la population, malgré ses inquiétudes, vaque à ses occupations, et se livre autant que ses moyens réduits par la mobilisation le lui permettent, aux travaux de la moisson. Sur cette frontière, la frontière par excellence, malgré l’angoisse inséparable d’un tel moment, un même enthousiasme anime chasseurs et habitants, fait de foi en la victoire et d’espoir en la revanche, dans l’attente de la délivrance qu’on croit déjà saisir.

C’est la vie active, ardente, des avant-postes, telle que nous l’avaient décrite tous nos vieux récits de guerre, avec ses alertes de toutes les nuits, ses coups de feu sur la ligne des sentinelles, ses exploits de patrouilles, ses courtes et brillantes affaires de postes. Les cavaliers rivalisent d’entrain avec les chasseurs, les prises de contact sont de tous les instants.

Dans ces multiples combats singuliers, l’avantage nous reste presque toujours ; il en résulte peu à peu chez les nôtres un sentiment, une certitude de leur supériorité individuelle, qui leur fait désirer ardemment la grande bataille, la bataille libératrice.

Et ce désir s’avive encore au spectacle des méfaits de l’ennemi. Une zone a été laissée libre en arrière de la frontière, au nord surtout l’ennemi y multiplie ses crimes, nous avons chaque jour sous les yeux le spectacle des incendies. La soif de la vengeance s’allume au fond de tous les cœurs. Parfois le canon de Metz se met de la partie, mais toujours ses tirs sur des buts trop minces, trop lointains et trop mobiles, restent sans effet. Même le 16 août, il n’arrivera pas à assouvir sa rage aveugle de destruction dans son bombardement systématique du monument de Mars-laTour, qui n’en souffrira, comme d’une blessure glorieuse, que de la déchirure d’un éclat. Un seul combat sérieux pendant cette période.

L’impétueux commandant MIÉLET, qui guette et cherche l’occasion, la trouve, le 14 août, à Chambley.

Un bataillon ennemi, avec quatre mitrailleuses, s’avance pour réquisitionner dans le village. Quatre compagnies du 19e, les 2e, 3e, 4e et 6e, aussitôt alertées, se portent à sa rencontre et l’attaquent. Le combat, court et violent, est mené avec un entrain extraordinaire, les chasseurs courent et bondissent plus qu’ils ne marchent; les agents de liaison sont trop lents, pour plus de rapidité c’est au clairon que le commandant, qui dirige le combat à cheval, jette les compagnies en avant. L’ennemi surpris recule, se retire sur la gare, cherche un refuge dans un train. Le train est pris d’assaut, on se bat à la baïonnette dans les wagons.

Le canon de Metz intervient, c’est en vain, le succès est vite acquis, l’ennemi se retire, abandonnant de nombreux morts et blessés et laissant entre nos mains 30 prisonniers.

De notre côté nous avons 1 officier et 10 caporaux ou chasseurs tués, et une trentaine de blessés (dont 3 officiers). Saluons en passant la mémoire du sous-lieutenant VARLET, le premier officier du 19e tombé à l’ennemi pendant la Grande Guerre.

En ce temps-là, point de nouvelles. De ce qui n’est pas nous, nous ignorons tout. La connaissance des événements d’Alsace nous arrive tardive et défigurée, nous ne soupçonnons ni Charleroi, ni rien de ce qui se passe en Belgique.

Cependant le temps a marché, les armées se sont formées, le 6e C. A. appartient à l’armée de Châlons, et le commandement a décidé une offensive de dégagement sur le Luxembourg. Relevé aux avant-postes, le 19e B. C. P. se porte, les 19 et 20 août, vers le nord, par l’est d’Étain. L’heure des grandes batailles a sonné.

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