La grande bataille

(aout – novembre 1918)

Passage des Trois Doms — Ételfay (8, 9 et 10 août).

Passage de l’Avre — Verpillières (26 et 27 août).

Le Canal du Nord — Le bois des Queuettes — La Panneterie (28 août – 3 septembre).

Prise de Saint-Quentin — Ligne Hindenbourg (24 septembre – 10 octobre).

Passage de l’Oise — Guise — Saint-Germain (4 novembre).

Le soir du 7 août, nous quittons Chepoix et par Sérévillers, Villers-Tournelle, Cantigny, nous gagnons le bois de l’Alval.

Pour nous commence la grande bataille, qui ne doit finir qu’en novembre, avec l’armistice, qui ne doit s’achever qu’avec la victoire. Jusque-là nous ne verrons plus de lieux habités, nous ne connaîtrons plus de repos ; quelques courts séjours seulement un peu en arrière des lignes, dans de lamentables ruines, souvent encore sous le canon, et toujours exposés aux quotidiennes visites nocturnes des avions. La grandeur et la continuité d’un tel effort resteront un sujet d’admiration pour les générations à venir.

Les Trois Doms. Etelfay. — Après une fin de marche difficile et gênée par le canon ennemi, mais qui s’achève sans pertes, nous nous trouvons installés, aux dernières heures de la nuit, dans le bois de l’Alval, les échelons dans le bois de la Folie.

Devant nous, nous séparant de l’ennemi, le large fossé des Trois Doms. C’est une vallée à fond plat et marécageux, aux flancs escarpés. Le marais, profond, plein d’eau, infranchissable partout, a une largeur moyenne de 500 à 600 mètres ; partout des joncs, des roseaux, même des arbustes, qui, en cette saison, formeront parfois rideau. Deux chaussées, quelques longues passerelles établies par l’ennemi et en partie détruites, traversent le marais. Mais ces rares passages sont balayés par de nombreux groupes de mitrailleuses établis sur les pentes de la rive droite ; la voie ferrée, qui court au pied de ces pentes, constitue de l’autre côté un puissant rempart à l’abri duquel les mitrailleurs ennemis exécutent leurs mouvements, en tous les points duquel ils peuvent s’installer dans des positions légèrement dominantes et des plus propres à donner à leur tir toute son efficacité. Les hauteurs de la rive droite, un peu plus élevées que celles de la rive gauche, sont éminemment favorables à l’observation de l’ennemi.

C’est dans ces conditions, si propres à rebuter les cœurs timides, que les chasseurs du 19e, dignes émules des grenadiers d’Arcole, vont pendant deux jours, sans se lasser, sans souci de ceux qui tombent et brûlant uniquement du désir de les venger, s’élancer sur les chaussées sanglantes, multiplier les attaques jusqu’au matin du 10, jusqu’à ce que l’ennemi cède.

Nous sommes là chargés de l’attaque de front ; sur le flanc nord, une pression s’exercera par l’éperon de Pierrepont ; le flanc sud doit s’écrouler quand tombera le front à l’est de Montdidier. La 5 e compagnie, capitaine AUBIER, est au bois du Vicomte ; elle agira par la partie nord de Marestmontiers, en direction de Gratibus. Dans le bois de l’Alval, du côté des marais, sont la 3e compagnie, lieutenant REMONDET, qui agira au centre, par le sud de Marestmontiers, et la 4e compagnie, lieutenant DELAHAYE, qui agira à droite, au sud de la 3e compagnie.

Cette journée du 8 se passe en actions meurtrières de patrouilles, progressivement accrues, progressivement multipliées, progressivement renforcées, jusqu’à aboutir à un vif combat sur tout le front.

L’ennemi résiste opiniâtrement, et, ainsi inquiété, réagit violemment par son artillerie ; tout mouvement est impossible sur les pentes qui lui sont opposées ; il faut à nos mitrailleurs et à nos canonniers de 37 le courage le plus stoïque pour se maintenir en position malgré leurs pertes en personnel et matériel.

Dans l’après-midi, le bois de l’Alval est l’objet d’un bombardement violent et prolongé qui nous cause des pertes très sérieuses ; c’est là que l’adjudant PEREAL, le brave des braves, est blessé mortellement. Tout près du commandant un obus qui tombe dans son groupe met onze téléphonistes hors de combat (2 tués, 9 blessés). L’ennemi n’emploie que des obus à arsine ; nous vivons dans une atmosphère opaque et empoisonnée. Pour ne point perdre tous leurs chevaux, les échelons sont obligés d’évacuer le petit bois de la Folie.

Au soir du 8, si nous avons quelques groupes dans les marais, nous n’avons pas encore pu les franchir ; seul, à l’extrême droite, utilisant la vanne du moulin de Framicourt, le sous-lieutenant BOUTRY y est parvenu un instant, mais il est gravement blessé, le chasseur qui a traversé derrière lui est tué ; les Boches désormais observent le passage qui n’est plus abordable. Dans la nuit du 8 au 9 et dans la matinée du 9, l’activité reste la même, sans amener de changement notable dans la situation.

Et c’est alors que survient l’ordre d’attaque générale pour 16 h.30.

Le capitaine LHUILLIER reçoit le commandement de l’avant-garde ; on attaquera sur deux colonnes ; la 1re compagnie, poussée par le bois du Vicomte derrière la 5e, suivra son mouvement; la 4e appuiera au nord.

Des prodiges d’héroïsme amènent quelques groupes au delà des marais, à la voie ferrée, mais les passages à niveau sont organisés en blockhaus, les passerelles restent battues par les mitrailleuses supérieures, les groupes qui ont passé restent isolés.

A ce moment l’ardent REMONDET est blessé d’une balle ; avant la bataille, il avait dit à ses chasseurs qui ne le connaissaient pas encore : « Vous me jugerez à l’œuvre » ; il vient de tomber en les entraînant à travers les marais. Non loin de là, HOULET, le mitrailleur, le vieux brave, vient d’être blessé lui aussi.

Au sud-est de Marestmontiers, le 1er peloton (FAGES) de la 3e compagnie a atteint la voie ferrée. Le sergent RETOUT l’a traversée avec les survivants de sa demi-section qui restent collés au talus de la petite route parallèle.

La demi-section SAINT-BLANCA, à la voie ferrée, essaie de passer, mais en vain ; la section de l’aspirant REYAU n’est pas plus heureuse.

A ce seul peloton, le passage a déjà coûté 33 hommes hors de combat (dont 11 tués). Plusieurs chasseurs tentent la liaison et le ravitaillement en munitions, aucun ne revient. La nuit tombe, les Boches, cinq ou six fois supérieurs en nombre, se précipitent sur RETOUT ; son fusil-mitrailleur fait merveille, ils sont repoussés. Ils reviennent peu après, RETOUT les arrête encore de son feu, puis se reporte à la voie ferrée où il rejoint REYAU.

Et tout le petit groupe se reporte en avant ; les mitrailleuses crachent sans arrêt ; après quelques bonds, voici REYAU et ses hommes tapis dans les herbes, l’œil et l’oreille aux aguets. Soudain REYAU dit : « Attention ! »

L’ennemi, sortant de ses abris, marche sur eux ; un Boche, tout en s’abritant, s’écrie : « Rendez-vous, vous êtes capout. » — « Ta g… c… », répond REYAU bondissant, percutant et lançant ses grenades.

Avec lui tout son groupe est debout, les Boches disparaissent. Mais l’ennemi tient à avoir ce petit groupe hargneux et agressif qui l’irrite, accroché à son flanc ; le voilà encore une fois, précédé du chef qui s’avance en disant : « On vous pardonne, Français, rendez-vous ! Bas les armes. » Pour toute réponse le chef est abattu, son groupe est dispersé.

Au matin du 10, c’est REYAU, RETOUT et leurs chasseurs qui « auront » les Boches.

La nuit s’achève ainsi, nos groupes avancés à la voie ferrée, se renforçant là où c’est possible, mais les gros ne peuvent pas encore être engagés dans le marais.

De son côté, l’ennemi sent le danger de se laisser ainsi accrocher sur son front, cependant que sur les flancs la pression s’accentue ; il est grand temps pour lui d’essayer de se dégager. Au matin du 10, brusquement tout cède, le bataillon se précipite, les groupes boches sont faits prisonniers, nous voici sur le plateau. La poursuite tourne à la course, nous dépassons la route nationale n° 35, à 11 heures nous abordons Ételfay. Au même moment y arrivait la dernière compagnie boche sortie de Montdidier ; elle se déploie au sud-ouest du village, ses mitrailleuses légères dans des trous tout préparés en avant du front.

Le bouillant AUBIER, n’écoutant que son courage, se jette dessus avec la 5e compagnie ; avec la plus grande décision, par une manœuvre habile autant que rapide, RATTEZ avec la 1re compagnie se jette dans son flanc ; les mitrailleurs sont tués dans leurs trous, les Boches lèvent les bras ; nous prenons 1 officier et 90 Boches. Cette action aussi courte que brillante ne nous coûtait qu’un seul blessé.

Nous prenons Etelfay, nous prenons des canons, et un peu au-delà, comme nous nous préparons à continuer sur Lignères, un ordre nous arrête (la 4e compagnie était entrée dans Faverolles). En ce point d’Ételfay convergent les unités venant de l’ouest et celles venant du sud. On craint le mélange, l’encombrement, le désordre.

Le bataillon est regroupé à l’ouest d’Ételfay, au bois de Lavissée.

Le 11, marchant par Ételfay, Faverolles et la route de Roye, le bataillon, maintenu en deuxième ligne, s’arrête au bois de la cote 99 ; le 12 au soir il est ramené à Ételfay, où il stationne jusqu’au 22. Là, en présence du colonel GARÇON, le général CABAUD remet la croix à : lieutenant RATTEZ (3e compagnie) ; des palmes à : sous-lieutenant CHAMBON (5e compagnie) ; médecin aide-major CHIOSELLI ; adjudant-chef COT (4e compagnie) ; adjudant ROUSSEAUX (5e compagnie).

L’Avre. Verpillières. — Dans la nuit du 22 au 23 août, nous remontons en deuxième ligne à la station de Laboissière, et à l’ouest de Grivillers.

Dans la nuit du 26 au 27, l’ennemi depuis longtemps pressé sur son front se décide à la retraite ; la 166e D. I. est jetée à la poursuite. Le 19e, avant-garde de la colonne de droite, s’ébranle le 27 au matin, 4e compagnie en tête, et, passant au sud de Roye, marche sur Verpillières par le bois des Merles, le bois des Pies, le sud de Popincourt, le fond de Laucourt et le fond de Crosnes. Jusqu’à la voie ferrée Roye — Compiègne, la marche est facile, mais au-delà l’ennemi oppose à Verpillières une furieuse résistance.

L’avant-garde ne s’approche du village qu’avec mille difficultés, la progression du gros à travers la plaine dénudée, sans cheminements et large de près de 3 kilomètres qui sépare la voie ferrée de Verpillières est lente et pénible.

Pendant cette marche, tombent, mortellement frappés, LÉVY-FINGER, l’héroïque pianiste du château de Grivesnes, et PRUNEVILLE, l’« as » de Mailly-Raineval.

Au soir, nous couchons sur nos positions.

Au matin du 28, derrière l’ennemi qui se replie nous pénétrons dans Verpillières où nous prenons des canons ; au-delà, abordant l’Avre en même temps que le dernier groupe ennemi au gué de la borne départementale, notre pointe force le passage. Puis traversant Margny-aux-Cerises et faisant encore des prisonniers, par le sud du bois de Champien nous atteignons à 12 h.30 L’Abbaye-aux-Bois.

Devant nous, c’est le canal du Nord, c’est son tunnel, porte de 1.100 mètres largement ouverte dans cette barrière ; c’est La Panneterie !

Le canal du Nord. Le bois des Queuettes. La Panneterie. — La position est d’une importance capitale ; qui en est maître reste maître d’agir de part et d’autre du canal ; elle commande les mouvements sur les deux rives ; c’est la clef du canal du Nord.

Le mamelon sous lequel court le tunnel est boisé sur son flanc est ; l’ennemi y peut facilement masquer ses mouvements, couvrir ses rassemblements.

Le flanc ouest, découvert, présente deux avancées, deux bastions : La Panneterie au nord, le bois des Queuettes au sud.

Les troupes ennemies qui sont là ont ordre de tenir à tout prix La Panneterie et le bois des Queuettes ; de les reprendre coûte que coûte au cas où elles viendraient à les perdre ; elles vont déployer, pour remplir cette mission, la plus sauvage énergie.

Et pour briser cette résistance, du 28 août au 3 septembre, les chasseurs du 19e vont accomplir des prodiges d’héroïsme ; le cimetière militaire d’Ognolles en reste un éloquent témoignage ; certaines fractions du 19e se porteront jusqu’à huit fois à l’assaut ; la victoire ne se donne pas, elle s’achète, et elle ne va qu’aux braves.

Quand le 28 à 12 h.30, l’avant-garde du 19e, commandée par le capitaine LHUILLIER, atteint L’Abbaye-au-Bois, le gros s’arrête au bois de Champien, à l’ouest duquel la batterie d’accompagnement vient bientôt se placer.

Ce dispositif sera maintenu pendant toute la durée des combats. Au 19e, les unités alternant entre elles, et se relevant successivement, tout le monde participera à la lutte, tout le monde donnera son effort. Il faut mentionner ici le rôle joué par le Service de Santé, avec le Dr GARIPUY au bois de Champien et le Dr CHIOSELLI à l’avant-garde ; mêlés aux combattants, partageant avec eux toutes les émotions et tous les dangers de la lutte, soumis aux mêmes bombardements qu’eux, ils montrèrent là une fois de plus que le zèle et l’activité des sanitaires des corps de troupe sont inséparables de la bravoure du soldat.

La batterie d’accompagnement fut bientôt renforcée d’autres batteries, jusqu’à l’effectif total de deux groupes. Des batteries lourdes situées plus au nord furent aussi souvent appelées à intervenir. Le contact existe dès l’arrivée ; à 17 heures, les reconnaissances de la 4e compagnie sur La Panneterie sont accueillies par des feux nourris de mitrailleuses, et de violents barrages ; à 20 heures, grosse réaction de l’artillerie ennemie sur le bois du Monastère et L’Abbaye-au-Bois ; à 22 heures, la 2e compagnie relève la 4e compagnie. La poursuite doit continuer, on attaquera le lendemain matin.

Le 29 à 5 h.45, pendant que la 2e compagnie a pour objectif La Panneterie, la 3e compagnie, partant du bois du Monastère, marche sur le bois des Queuettes. En tête, l’adjudant SAINT-BLANCA avec sa section traverse le ravin, aborde un réseau défendu, le traverse en s’aidant par le feu, tue le premier Boche de sa main, engage un corps à corps dans lequel une trentaine d’ennemis sont bientôt mis hors de combat, prend une mitrailleuse et se rend maître de la tranchée ennemie. Malheureusement une mitrailleuse d’un corps voisin (294e) qui de loin voit les Boches refluer, ne se rendant pas compte exactement, ouvre le feu dans le tas ; les nôtres sont obligés de s’arrêter. A trois reprises ils se reportent en avant, trois fois ils sont rejetés ; ils ne peuvent que conserver le terrain conquis.

L’affaire sera reprise à 4 h.30, avec des moyens plus puissants :

La 2e compagnie (DECAUDAVEINE), appuyée par les canons de 37 et J. D. du P. E. A. (LEMERRE), conserve son objectif de La Panneterie ; la 3e compagnie (RATTEZ) attaquera la corne nord-ouest du bois des Queuettes ; la 1re compagnie (CHAILLIOT) attaquera la corne sud-ouest ; c’est la C. M. 2 qui est en ligne.

Sans nous attarder à la 3e compagnie, qui malgré tous ses efforts ne pourra s’approcher du bois à moins de 300 mètres, voyons le mouvement de la 1re compagnie.

Le corps à notre droite (13e B. C. P.) n’avait encore dépassé que d’assez peu Beaulieu-les-Fontaines, et toute la matinée nous avions souffert du feu de mitrailleuses ennemies répandues dans la plaine des Fonds Gametz.

Sans préjudice des liaisons établies avec le 13e B. C. P., la 1re compagnie, qui part du bois de Champien, marchera donc par la route d’Ognolles à Beaulieu, l’usine nord de Beaulieu, le bois de Beaulieu, poussera un peloton à l’attaque de la corne sud-ouest du bois des Queuettes,

cependant que l’autre peloton, marchant en échelon en arrière à droite, servira de flanc-garde. La 1re compagnie atteint la lisière Est du bois de Beaulieu à 14 h.30 et débouche aussitôt. Le 1er peloton, pris en plein sous le barrage ennemi et de toutes parts accueilli par le feu des mitrailleuses, ne peut progresser vers les Queuettes que de 150 mètres ; le 2e peloton, franchissant le barrage dans un splendide élan, enlève brillamment la ferme des Fonds Gametz, mais ne peut la dépasser. Le résultat n’est pas encore obtenu ; l’attaque sera reprise à 18 h.30 après une nouvelle préparation. Le 1er peloton réalisera une nouvelle progression de 200 mètres ; le 2e chassera l’ennemi du verger des Fonds Gametz mais ne pourra dépasser la haie à l’extrémité Est ; à gauche, point de changement, le bois ne sera pas encore à nous.

Dans la nuit du 29 au 30, la 5e compagnie (capitaine AUBIER) relève la 3e compagnie, la 1re compagnie rectifie et organise la ligne atteinte. Il est impossible de décrire le marmitage et le tir incessant des mitrailleuses pendant toute cette nuit, sur les premières lignes et les arrières. La fatigue des chasseurs est extrême, mais l’énergie et la résistance humaines semblent ne pas avoir de limites.

L’attaque sera reprise le 30 août à 9 heures, les dispositions restent les mêmes, la 5e compagnie remplaçant la 3e, et sauf que le lieutenant CHAILLIOT garde une section en soutien. Après la préparation, à l’heure dite, l’attaque se déclenche. A gauche le capitaine AUBIER enlève superbement sa compagnie, mais il est bientôt mortellement atteint ; au poste de secours, ce jeune héros, à l’âme si belle, et qui souffre horriblement, dira à l’aumônier (PARAVY) qui se penche sur lui : « Dites à mon père (le général AUBIER) que je ne désespère pas de servir encore, mais que si je meurs, c’est une belle mort, et que je ne regrette rien. » La 1re section de la 5e compagnie (aspirant LEBÉE) atteindra la corne nord-ouest du bois en même temps que la 1re compagnie et y pénétrera avec elle (Le sergent LEYRAVAUD, de la 5e compagnie, se signalera là par son activité et sa bouillante ardeur).

A droite, en effet, l’intrépide et énergique CHAILLIOT, à la tête de la 1re compagnie, est reparti pour la troisième fois à l’attaque du bois.

Le départ a lieu avec un magnifique entrain, le barrage boche se déclenche, violent et précis, sans empêcher la progression, malgré les pertes.

Les 2e et 3e sections, entraînées par leurs chefs (sergent CHAMPEIL, sous-lieutenant PICARD), partant de la haie Est des Fonds Gametz, piquent droit au bois. Les F. M. tirent en marchant. Elles se buttent à un réseau bas à 80 mètres à l’ouest du bois des Queuettes. Elles le traversent et gagnent le bois dont les défenseurs sont culbutés ; quelques Boches sont pris, quelques autres s’enfuient, le plus grand nombre, qui se défend vaillamment, est tué ; des mitrailleuses légères restent entre nos mains.

A 10 heures, après une heure de combat, le bois est complètement nettoyé, il est à nous. Pendant ce temps, la 4e section, sous les ordres de l’adjudant MOUTON, a progressé dans la plaine. Ses F. M., tirant en marchant, lui permettent d’atteindre un nid de mitrailleuses à 150 mètres à l’Est du carrefour 45-98 (est des Fonds Gametz) ; elle y prend 7 prisonniers et 1 mitrailleuse légère ; là aussi des Boches refusent de se rendre, ils sont tués à bout portant.

C’est dans le bois que tombe le sergent CHAMPEIL, ce héros modeste, connu de tout le bataillon, qui garde pieusement sa mémoire ; voici comment un témoin décrit la scène : « Le sergent CHAMPEIL avait été horriblement blessé par un 150 éclatant devant lui. Aussitôt qu ‘il le sut, son commandant de compagnie se rendit près de lui et recueillit les dernières paroles de ce brave, offrant avec une élévation de sentiments et une abnégation rares, son sacrifice pour la France qu ‘il a vait tant aimée et pour laquelle il s’était tant prodigué. Quelle force poussa l’officier ? Mais s’inclinant devant ce martyr, il baise le front de son héroïque camarade avec un sentiment fait de respect autant que d’affection. »

A signaler aussi l’emploi du tir des fusils-mitrailleurs en marchant qui produit là, comme dans le bois de la cote 109 à Mailly-Raineval, les plus heureux effets. Des deux côtés, la marche en avant s’en est trouvée grandement facilitée, soit que les hommes, étourdis par le bruit de leurs propres armes, entendent moins le sifflement des balles ennemies et l’éclatement des obus, soit que le fantassin ennemi, lui-même impressionné par les nappes de balles qui s’abattent autour de lui, riposte avec moins de vigueur et de précision. Ce facteur semble avoir joué un rôle prépondérant dans l’enlèvement d’un nid de mitrailleuses par l’adjudant MOUTON.

La journée se passa en un bombardement ininterrompu, transformant le bois en un véritable enfer. Trois sections l’occupaient : la 1re (sous-lieutenant DOUSSINAUD) en avant, à la lisière Est ; la 3e en arrière, à la lisière Ouest ; la 2e à gauche, la lisière Nord. La 4e section (MOUTON) était restée à droite en dehors et au sud du bois.

A la chute du jour, le commandant de compagnie envoya ROGUET, l’agent de liaison de la 4e section, chercher la liaison avec elle et prendre le compte-rendu de la journée de l’adjudant MOUTON. Trompé par l’obscurité, ROGUET dépasse notre ligne et se trouve tout à coup devant un poste de quatre Allemands.

Sans hésiter, il les met en joue, et, dominés par son attitude résolue, les quatre « Fritz » font « Kamerad ». ROGUET leur fait signe de l’accompagner et les fait sortir de leur trou, mais alors que trois de ses prisonniers avaient déjà défilé devant lui, le quatrième lui sauta dessus, tentant de l’assommer avec une grenade à main qu’il avait dissimulée. Ce geste provoqua la même réaction de ses trois camarades et ROGUET ne put se dégager que grâce à de vigoureux moulinets de son fusil, abandonnant sur le terrain son casque et les lettres de sa section.

La scène avait été vue des guetteurs, tout proches, de MOUTON, qui n’avaient pas osé tirer de peur d’atteindre ROGUET. MOUTON envoie aussitôt une patrouille, mais la leçon avait suffi aux Boches, ils s’étaient envolés ; la patrouille ne ramena que les lettres de la section, le casque de ROGUET et les armes abandonnées par les quatre Allemands.

ROGUET rejoignit alors son commandant de compagnie ; il était près de 21 heures, la nuit était tout à fait noire.

Soudain, à 21 heures, l’ennemi déclenche sur le bois un tir de préparation d’une violence inouïe ; ce tir se prolonge pendant une demi-heure, et à 21 h.30, suivant au plus près leur barrage, trois compagnies boches se portent à l’attaque, abordant le bois presque simultanément par les faces Est, Nord et Sud.

Ce fut alors dans l’obscurité une horrible mêlée.

A la lisière Est, la 1re section tient et fait des prisonniers ; au sud, MOUTON arrête toutes les tentatives de l’ennemi ; mais au nord la 2e section est crevée, l’ennemi se jette dans le bois. Le lieutenant CHAILLIOT se trouve subitement entouré par les Allemands avec ses agents de liaison. CHAILLIOT se dégage, rejoint la 3e section qui combat à la lisière Ouest et vient de faire aussi des prisonniers, et rappelle à lui la 1re section, qui risque d’être cernée à la lisière Est. Un groupe ennemi, tout près, se révèle en lançant des fusées : PICARD et le sergent CLAVAUD sautent dessus, abattent chacun leur homme à bout portant, et, suivis de leurs chasseurs, font des prisonniers, prennent des mitrailleuses légères.

Le combat s’achève ainsi à la lisière Ouest ; il est 22 heures ; le désordre est à son comble ; ne pouvant se rendre compte de ce qui se passe, n’ayant plus de liaisons ni avec sa droite ni avec sa gauche, CHAILLIOT rallie et reforme sa compagnie en dehors et à l’ouest du bois, sur la ligne qui va des Fonds Gametz à la 5e compagnie. Le bois est perdu en entier ! CHAILLIOT va le reprendre.

Ouvrons ici une parenthèse sur ce qui se passait aux abords du théâtre principal de la lutte. Un prisonnier avait déclaré, à L’Abbaye-au-Bois, au capitaine LHUILLIER que son bataillon tenait le bois et ne le lâcherait pas.

Parmi les agents de liaison entourés avec le lieutenant CHAILLIOT, se trouvait le chasseur REY ; il est fait prisonnier ; profitant de l’obscurité, il se dégage, fait lui-même un prisonnier, et l’amène à L’Abbaye-au-Bois ; pendant que REY rejoint sa compagnie, ce prisonnier est lui aussi interrogé ; il déclare que son bataillon a subi de lourdes pertes, qu’il hésite et se rallie entre le bois et le tunnel. Un autre prisonnier confirme cette situation, mais ajoute que son bataillon va revenir à l’attaque avec 3 compagnies et des hommes dans la plaine au sud.

Le capitaine LHUILLIER envoie sans plus tarder l’ordre aux 1re et 5e compagnies de reprendre le bois.

A la 5e, c’est la section de l’adjudant ROUSSEAUX qui va se reporter sur la corne nord-ouest et y pénétrer en liaison avec la 1re. De ce côté, la section LEBÉE avait été rejetée elle aussi du bois, mais la section LESTRADE, avec une section de mitrailleuses, avait maintenu sa position immédiatement au nord.

Voici pour la gauche ; à droite, c’est-à-dire au sud du bois, MOUTON avait lui aussi maintenu sa position et rejeté toutes les tentatives de l’ennemi.

Nous avons laissé CHAILLIOT reformant sa compagnie à l’ouest du bois. L’ennemi ne le suit pas ; donnant une preuve splendide d’énergie et de ténacité, il décide de repasser de suite à l’attaque. Du reste, ne semble-t-il pas que l’ennemi, impressionné par la fermeté de la résistance sur les flancs du bois, par l’extrême âpreté de la lutte dans le bois, par ses pertes, par le désordre de ses unités, marque son hésitation par un mouvement de repli qu’on peut suivre au recul rapide de la ligne de ses fusées ?

Donc, CHAILLIOT donne ses ordres ; MOUTON lui aussi participera à la marche en avant. A ce moment arrive le fourrier LHOMME apportant l’ordre du capitaine LHUILLIER. CHAILLIOT lui dit : « Restez avec moi, vous porterez le compte-rendu quand le bois sera repris. » Et une dernière fois, la 1re compagnie se jette en avant.

L’ennemi n’est point prêt à subir ce nouveau choc, il résiste assez faiblement, quelques nouveaux prisonniers sont faits, quelques mitrailleuses sont prises, et à 23 h.30 tout le bois est de nouveau en notre possession ; les Boches n’y reviendront plus.

Citons encore un bel incident de combat. Nous avons dit qu’au moment de l’irruption de l’ennemi le lieutenant CHAILLIOT s’était trouvé entouré avec ses quatre agents de liaison ; CHAILLIOT s’était de suite dégagé, mais les quatre agents de liaison avaient été pris ; deux ne reparurent pas et doivent aujourd’hui être tenus pour morts ; le troisième était REY, que nous avons vu faussant bien vite compagnie à ses gardiens et ramenant lui-même un prisonnier ; le quatrième était ROGUET, déjà connu lui aussi.

ROGUET ne met aucun empressement à suivre les Boches ; possédant quelques notions d’allemand, il leur fit comprendre que les musettes gisant à terre contenaient d’excellentes choses. Alors un de ceux-ci en fit l’inventaire pendant que d’autres maintenaient ROGUET en joue. La razzia terminée, on s’en fut pour reprendre le chemin du retour. A grands renforts de gestes, ROGUET arrive à convaincre ses gardes qu’ils se trompent de direction, et parvient à les ramener vers nos lignes.

Le groupe arrive ainsi devant une mitrailleuse du bataillon. « Halte-là ! » crie le chef de pièce. ROGUET, sans se soucier du danger, fait un bond de côté en hurlant : « Tirez, ce sont des Boches. » Un Allemand est tué, un autre pris, le reste s’enfuit, et ROGUET rejoint sa compagnie à la contre-attaque.

Ainsi la victoire nous restait, le bois des Queuettes était définitivement à nous ; ce n’était que la juste récompense de la splendide et inébranlable vaillance dont nos chasseurs, leurs gradés et leurs officiers avaient fait preuve.

La 1re compagnie et la section ROUSSEAUX (5e) y resteront jusqu’à la relève du 3 septembre. Cependant, jour et nuit, le canon ennemi continuera à s’y acharner.

Des quatre chefs de section de la 1re compagnie, le sergent CHAMPEIL a été tué à la fin de l’attaque du 30 au matin, l’adjudant MOUTON a été blessé pendant la contre-attaque du soir, le sous-lieutenant PICARD sera tué le 31, le sous-lieutenant DOUSSINAUD sera tué le 1er septembre.

L’adjudant ROUSSEAUX sera également commoté dans le bois des Queuettes, et aux abords du bois, le sous-lieutenant TRICOT, mitrailleur, sera pris avec sa pièce dans l’éclatement d’un obus. Laissé d’abord pour mort, il reprendra ses sens, et restera à son poste jusqu’à la relève, ne voulant connaître le repos qu’après la bataille.

La Panneterie. — Pour la clarté du récit, nous avons jusqu’ici limité notre exposé à l’épisode du bois des Queuettes. Mais il ne se déroulait là qu’une partie du drame ; parallèlement, le deuxième acte, et non le moins sanglant, se jouait devant La Panneterie.

Le 28 août après-midi, la prise de contact de la 4e compagnie à La Panneterie avait révélé une position sérieusement organisée et solidement tenue. A 22 heures, la 2e compagnie relevait la 4e. La 2e compagnie (DECAUDAVEINE) attaquait trois fois le 29 : à 5 h.45, à 14 h.30, à 18 heures, en même temps que se livraient les attaques du bois des Queuettes.

La Panneterie est complètement organisée ; il existe un véritable système de réseaux et de tranchées, méthodiquement combinés, les mitrailleuses sont nombreuses, les troupes de la défense peuvent être rapidement et facilement soutenues par celles venant des bois et débouchant de l’Est ou du verger Sud de La Panneterie, en échappant complètement à notre observation. La position elle-même n’a pu être qu’imparfaitement reconnue, et les péripéties du combat nous révéleront souvent des difficultés insoupçonnées.

Tous les assauts du 29, donnés avec la plus belle furie, n’aboutiront pas à autre chose qu’à une légère avance de notre ligne, mais la ferme restera aux Allemands.

MAP La Panneterie

Préparation et assaut seront toujours facilités par une coopération constante et extrêmement efficace des mitrailleuses et des engins d’accompagnement. Le P. E. A. (sous-lieutenant LEMERRE et sergent BRISVILLE) établira définitivement la preuve que ses engins sont appelés à jouer aujourd’hui dans le combat d’infanterie un rôle essentiel : mais il y sera prouvé aussi que ce rôle n’est possible qu’au prix d’une extrême activité et d’un esprit de sacrifice sans limites ; tout engin, dès qu’il se révèle, devient le point de concentration des feux ennemis, en dépit desquels il doit poursuivre son action.

Malgré de sérieuses préparations d’artillerie, les assauts des 30 et 31 n’obtiennent pas plus de succès. C’est au cours d’un des derniers, le 31, que tombe en héros le sous-lieutenant CASTELNAU (le sergent de Grivesnes).

Il avait pris part à tous les assauts précédents, et venait d’être blessé ; transporté au poste de secours, il était pansé et allait être évacué, quand, surprenant une conversation du médecin, il apprend que sa compagnie va une fois encore donner l’assaut. Il se lève et part disant : « Je ne veux pas que ma section, dans l’état où elle est, attaque sans moi » (cette section en effet était déjà très éprouvée). CASTELNAU rejoint sa section et l’enlève, il conduit ce dernier assaut désespérément, et, en abordant l’ennemi, il est tué à bout portant d’une balle dans la tête. A 15 h.30, le 31, ordre est donné à la 4e compagnie de relever la 2e.

La 4e compagnie (DELAHAYE) est en place à 17 h.30 : elle attaque aussitôt, mais l’attaque échoue, arrêtée dès le départ par de violents tirs de mousqueterie, de mitrailleuses et de barrage. Elle sera reprise le 1er septembre, en tenant compte de tous les renseignements des combats précédents, après une préparation des plus sérieuses.

A 18 heures, les trois sections THOLLOT, COT, STRUBB, de la 4e compagnie, se jettent en avant dans un splendide élan.

La Panneterie est enlevée, avec 82 prisonniers et plus de 10 mitrailleuses (lourdes et légères). Mais le verger sud de la ferme n’a pu être nettoyé ; un combat à bout portant, très meurtrier, s’engage ; on se fusille à 20 mètres, debout ou à genou, derrière les arbres. De part et d’autre, les pertes sont sévères, STRUBB est blessé, sa section diminue à vue d’œil. Et c’est la contre-attaque.

THOLLOT et sa section vont trouver là leur Sidi-Brahim. THOLLOT, vétéran du 19e, THOLLOT, un des rares survivants de ceux partis de Verdun au 2 août 1914, et parmi lesquels il figurait déjà comme sous-officier, THOLLOT, aujourd’hui sous-lieutenant, préfère se faire tuer plutôt que de reculer. THOLLOT et ses chasseurs luttent comme des lions ; à côté de lui un fusilier-mitrailleur est tué, le caporal THOUVENIN prend son arme, il est tué à son tour, et la lutte continue toujours ; puis THOLLOT tombe, avec deux balles dans la tête, et le combat prend fin quand meurt le dernier chasseur.

Il n’y a plus un chasseur vivant dans La Panneterie, de nouveau les Boches en sont les maîtres. La 3e compagnie avait été poussée en soutien derrière la 4e, mais le terrain lui est défavorable, le barrage ennemi est d’une violence inouïe, la progression est très ralentie. Il est 20 heures quand la section CORNU peut entrer en ligne. Il est trop tard ; à ce moment-là l’audace d’un CORNU et la légendaire intrépidité d’un COT n’y peuvent plus rien ; nos lignes sont établies devant La Panneterie.

Un essai d’infiltration, dans la nuit, demeure sans succès ; il n’aboutit qu’à montrer la forte densité de l’occupation ennemie.

Le 2 septembre au matin, le commandant remet la croix de la Légion d’honneur au lieutenant CHAILLIOT, commandant la 1re compagnie ; au lieutenant DELAHAYE, commandant la 4e compagnie ; la médaille militaire à l’adjudant PHILIPPE, de la C. M. 2 ; à l’adjudant ROUSSEAUX, de la 5e compagnie. La journée se passe sans actions d’infanterie.

Au début de la nuit du 2 au 3, le 19e, épuisé, avec ses unités très amoindries, est relevé par le 171e (3e bataillon) devant La Panneterie, et tout le bataillon se porte au bivouac à Verpillières. Le lendemain, épuisé lui aussi sur son front par cette lutte sanglante, serré sur son flanc gauche, au sud, par une pression qui chaque jour allait s’accentuant, en direction de Frétoy-le-Château, l’ennemi se décidait à la retraite. Le 19e avait mûri le fruit, il tombait au moment même de son départ.

3 et 4 septembre : Verpillières.

Le 5, le bataillon va bivouaquer au Bois de l’Hôpital (Est de Libermont), en réserve. Le soir du 6, il va relever le 26e en première ligne à Golancourt.

Le 7, poursuite ; nous atteignons le canal Crozat (canal de Saint-Quentin) ; le gros du bataillon est à la nuit à la voie ferrée à l’ouest d’Aunois. Violente lutte d’artillerie.

Le 8, sans changement ; à la nuit, nous sommes relevés par le 248e R. I. et ramenés à Golancourt.

9 : étape ; bivouac au sud-ouest d’Ognolles.

10 : Ognolles. Nous enterrons nos derniers morts de La Panneterie et leur rendons les honneurs.

11 : étape. Stationnement à Marquivillers (É.-M., 3e, 4e, 5e, C. M. 2) et Grivillers (1re, 2e, C. M. 1). Les splendides efforts fournis par le 19e et les résultats obtenus depuis notre entrée dans la bataille, le 8 août, devaient être bientôt reconnus officiellement par la citation suivante à l’Ordre de l’armée :

Ordre de la F armée, n ° 148, du 10 octobre 1918.

Le Général commandant la Ire armée cite à l’ordre de la Ire armée :

Le19 bataillon de chasseurs à pied.

« Magnifique bataillon, ayant au plus haut degré l’ardeur au combat et le sentiment du devoir. Sous le commandement du commandant DUCORNEZ, a fourni, du 8 août au 8 septembre 1918, un effort digne des plus grands éloges, en poursuivant inlassablement un ennemi en retraite sur de très fortes positions préparées d’avance et défendues par une artillerie puissante et de nombreuses mitrailleuses. A enlevé des positions avec le plus bel élan, les a conservées avec une endurance et une bravoure peu communes, malgré de violentes contre-attaques. Au cours de ses opérations a pris 180 prisonniers, 3 canons de 150, 1 canon de 105, 3 canons de 77 et un important matériel de guerre. »

DEBENEY.

Après quelques jours de repos, le bataillon gagne Mesnil-Saint-Nicaise le 21 septembre, et, dans la nuit du 22 au 23, va prendre position en seconde ligne à Vaux et Étreillers.

Prise de Saint-Quentin. — Ligne Hindenbourg. — Le 19e est mis à la disposition de la 133e D. I. dont il doit constituer la réserve. Cela lui vaudra d’être disloqué et de voir ses compagnies engagées séparément sur des points différents, en soutien d’unités étrangères.

Elles livreront ainsi, pour la possession de la ligne Hindenbourg, de durs combats, qui, s’ils restent pour elles sans profit, ne seront pas sans gloire, et dans lesquels nos chasseurs se comporteront aussi brillamment qu’ils l’ont su faire ailleurs.

Le 24, attaque générale ; le front donné comme objectif à la 133e D. I. va de l’Épine de Dallon au mamelon coté 127 .8 (ouest de la cote 138), un des bastions de la ligne Hindenbourg.

A 7 h.15, la 133e D. I., qui a progressé à droite et atteint son objectif au centre, est arrêtée à gauche. Mises à la disposition du 321e R. I., les 1re et 2e compagnies, sous le commandement du capitaine DECAUDAVEINE, se portent au bois de Savy, la 4e compagnie se porte au bois Margerin. La 3e est mise à la disposition du 102e B. C. P. ; la 5e reste à Savy.

Dans la matinée du 25 (à 6 heures) la 3* quitte le 102e B. C. P. pour aller se mettre à la disposition du 401e R. I., et dans l’après-midi, à 15 heures, l’attaque est reprise.

Au bois Margerin, la 4e sous le commandement du lieutenant MANDEMENT, doit reprendre une partie du terrain conquis la veille par un autre corps et reperdu peu après. Les sections COT et LESECQ mènent vivement l’attaque, atteignent l’objectif, font 20 prisonniers, prennent 6 mitrailleuses et 1 canon de tranchée, et délivrent quelques prisonniers blessés du 321e R. I. en même temps qu’elles reprennent 2 mitrailleuses françaises. Elles s’organisent sur la position.

Devant la cote 127.8, l’opération, menée par 2 compagnies du 26e B. C. P., 2 compagnies du 321e

et les 2 compagnies du 19e, ne permet qu’une légère progression.

Le 26, à 4 heures du matin, la cote 127.8 est de nouveau attaquée, à la grenade.

La 1re compagnie du 19e, brillamment enlevée par le lieutenant CHAILLIOT, pénètre la première dans la carrière de la cote 138, et bientôt la position est à nous.

Dans la nuit du 26 au 27, le bataillon regroupé prend le sous-secteur de Savy et rentre à la 166e D. I.

L’objectif des attaques est désormais l’ancienne première ligne française, dernier rempart de l’ennemi avant Saint-Quentin. C’est par des actions de détail qu’on va essayer de s’en assurer la possession.

Ce genre d’opérations nécessite de la part des chasseurs une activité extrême, et la valeur individuelle y joue un grand rôle.

Pourtant, les progrès au début furent lents, et malgré la belle action de la 3e compagnie le 29, ce n’est qu’au soir du 30 que cette compagnie peut s’en rendre définitivement maîtresse. Saint-Quentin, abordé de la même manière sur les trois faces, ne pouvait tenir davantage ; les Boches l’évacuent ; Saint-Quentin est en notre pouvoir le 1er octobre, SaintQuentin est pris. Mais nous savons qu’à Saint-Quentin des mines et des destructions nombreuses ont été préparées ; interdiction est faite de pénétrer dans la ville ; pendant plusieurs jours elle restera vide ; n’y passeront ou n’y stationneront en quelques points que les troupes qui y seront obligées. Le bataillon est maintenu à la cote 138 et au bois de Savy ; il s’y trouve désormais en seconde ligne.

C’est dans cette situation, le 2 octobre, qu’il eut à déplorer la mort du lieutenant de CASTELLI, officier adjoint, qui après plus de deux ans de présence au bataillon avait su si bien s’y faire aimer et estimer. En liaison auprès du colonel GARÇON, au nord de Saint-Quentin, il est appelé dans la matinée par le commandant pour être envoyé auprès du général CABAUD. Sans souci des obus qui tombent alors route du Fayet il part aussitôt à cheval ; à la traversée de la zone bombardée, un obus le tue, lui et son cheval, et blesse le cavalier LEDUN qui l’accompagne.

Dans la soirée du 7 octobre, nous nous reportons en première ligne, nous relevons le 26e B. C. P. et nous nous établissons au cimetière de Saint-Quentin et à Rouvroy, tenant le canal. Le 8, la 1re compagnie parvient à passer le canal et à s’établir à la voie ferrée. Le 9, l’ennemi cède ; se précipitant sur ses traces, le bataillon, par le bois du Petit Chariot et le bois Capela, atteint à 10 h.40 Homblières et Terre-Neuve, d’où il ne peut déboucher ; ses tentatives sont arrêtées par de nombreuses mitrailleuses ennemies ; elles provoquent de fréquents bombardements de ces deux villages.

A la fin de la nuit du 9 au 10, toutes les unités quittent leurs points de stationnement. Le 10, à 5 heures, sauf deux compagnies détachées, le bataillon est corne ouest du bois de Nivose. A 7 heures, les compagnies détachées enlèvent Fontaine-Notre-Dame, et tout le 19e y stationne. Nous passons en réserve de D. I. et sommes maintenus à Fontaine-Notre-Dame jusqu’au 14 ; nous avons à y déplorer quelques accidents par ypérite, tous mortels.

Le 14, étape à Grugies par Homblières et Saint-Quentin ; toute la division est retirée du front. Le 15, étape à Voyennes, Rouy-le-Grand et Rouy-lePetit, où nous stationnons. Après dix jours de repos, nous sommes rappelés en ligne.

27    : Savy et Étreillers.

28    : Sissy.

Le 31, à 1 heure du matin, le bataillon quitte Sissy, et par Neuvillette et Hauteville va s’installer dans les bois au sud de Noyal.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, le 19e relève le 88e R. I. dans la boucle de l’Oise, au nord de Guise.

Le groupement CHAILLIOT (1re, 4e, 5e et C. M. 1) est en position le long de l’Oise, devant Saint-Germain. Le groupement DECAUDAVEINE (2e, 3e, C. M. 2) est en réserve au champ d’aviation de la ferme Croix-Malaise. C’est le sous-secteur de Boheries.

L’attaque aura lieu le 4 novembre.

Passage de l’Oise. Guise. Saint-Germain. — Dans la nuit du 3 au 4 novembre, le bataillon réalise le dispositif d’attaque suivant :

Le groupement CHAILLIOT, groupement d’attaque, dans la partie Est de la boucle que forme l’Oise à sa sortie de Guise, laisse en première ligne sur la falaise qui par son à-pic domine la rivière de 40 mètres, à gauche la 5e compagnie, à droite la 1re compagnie ; la 4e compagnie est en soutien à l’ouest de la ferme Sainte-Claire.

La C. M. 1 (LIGNEREUX) et le P. E. A. (LEMERRE) s’intercalent entre les éléments de la première ligne.

On a résolu de faire un large appel aux engins d’accompagnement, et les P. E. A. des 19e et 26e B. C. P. réunis sous le commandement du lieutenant LEMERRE, dont l’expérience en cette matière égale l’éclatante bravoure, forment un groupe important.

Le groupement est en liaison à droite avec le 171e ; au nord de la partie nord de la boucle, entre le canal et Lesquielles, la compagnie CHAMPY, du 26e, est chargée d’établir la liaison entre la gauche du 19e et la division de gauche dont on ne connaît pas encore la ligne exacte des avant-postes en fin de combat.

Derrière le groupement CHAILLIOT, le groupement DECAUDAVEINE (2e, 3e, C. M. 2) est rassemblé dans le ravin orienté sensiblement sud-nord à 800 mètres à l’ouest de la falaise. Le 19e constitue ainsi l’élément de gauche de la division ; il a pour mission de forcer le passage de l’Oise ; la rivière franchie, il prendra pour objectif la ferme Bono. Dans son ensemble l’opération doit présenter trois phases successives :

1° Descendre la falaise, en pleine vue d’observatoires terrestres rapprochés, dans une zone continuellement mitraillée et bombardée, pour gagner le talus de la voie ferrée, en avant de la rivière ;

2° Lancer les passerelles, malgré un courant très rapide, malgré la présence sur la rive opposée de mitrailleurs nombreux, vigilants et actifs ;

3° Traverser la rivière, ce qui ne pourra se faire qu’en petites colonnes par un, et enlever la première ligne ennemie.

Il a été difficile de reconnaître exactement les lignes de défense de l’ennemi ; nous savons seulement qu’il tient très fortement sa première ligne, entre Guise et Lesquielles-Saint-Germain. La première attaque générale doit avoir lieu à l’heure H 5 h.45, mais le véritable effort du 19e ne doit se donner que plus tard, à une heure H qui sera fixée ultérieurement.

Toutefois, nous devrons profiter des dernières ombres de la nuit pour nous rapprocher de la rivière, lancer les passerelles et même faire une première tentative de passage, qui, si elle pouvait obtenir le succès sans trop de difficultés, nous épargnerait la véritable attaque.

Le temps est brumeux, un brouillard épais couvre la vallée de l’Oise ; si cette circonstance favorise les mouvements, elle empêche le réglage des engins d’accompagnement. A 4 h.30, la 1re compagnie est parvenue au talus du chemin de fer.

Notre artillerie tire violemment, malheureusement ses coups semblent tomber à 200 mètres au moins au-delà de la première ligne ennemie établie tout près de l’Oise. L’ennemi ne réagit pas. A 4 h.45, l’adjudant MOUTON (1re) se porte en rampant du talus à la rivière pour couvrir le lancement des passerelles par les sapeurs du génie ; la section AMELOOT (5e) se porte au talus, pour soutenir MOUTON.

Les Boches ne bougent pas encore ; mais dès que les sapeurs apparaissent, traînant leurs passerelles, un feu nourri de mitrailleuses éclate et le barrage de l’ennemi se déclenche.

En avant, MOUTON est tué d’une balle à la tête ; près de lui, le chasseur HERAUDET, autre modèle de bravoure, qui l’a suivi, ne pourra se dégager qu’à grand’peine, d’autres chasseurs et sapeurs sont blessés, la pose des passerelles est manquée ; les survivants regagnent en rampant le talus, sous la protection des feux de la section AMELOOT.

L’ennemi réagit fortement, il déclenche périodiquement de violents barrages sur la voie ferrée et sur le sommet de la falaise où se trouvent des carrières. Les mitrailleuses crépitent entre les tirs d’artillerie. Deux bombardiers du P. E. A. du 26e sont tués sur leurs pièces.

Mais puisque notre artillerie ne peut atteindre les mitrailleuses ennemies à l’abri dans l’angle mort formé par la falaise, l’attaque principale s’exécutera avec la seule préparation faite par les engins d’accompagnement.

Le passage de l’Oise sera donc tenté par un bataillon de chasseurs ne disposant pas d’autres moyens que les siens.

Le temps s’est éclairci, l’heure H est fixée, ce sera 16 heures.

A 15 h.15, la 5e compagnie (lieutenant MOULIN) s’ébranle, et, par petits groupes, gagne le talus du chemin de fer. Malgré les précautions prises, les Boches s’aperçoivent du mouvement et exécutent des tirs de harcèlement sur le talus. A droite, la 1re compagnie, plus heureuse, gagne le talus sans pertes.

A 15 h.30, les bombardiers (équipe du servent ROULET) procèdent au réglage de leurs pièces J. D. sur les postes reconnus au cours de la tentative du matin. Le lieutenant LEMERRE n’a pas fait procéder plus tôt à cette opération pour éviter de dévoiler trop tôt ses pièces.

Exposés partout aux vues directes, superbes de calme courage, les bombardiers exécutent alors tous leurs réglages, en même temps que les mitrailleuses de LIGNEREUX, qui met toutes ses pièces en batterie.

Le tir des J. D. est rapidement réglé à l’aide de quelques obus fumigènes.

A 15 h.45, les trois canons de 37 sont mis en batterie en tir direct sur le bord de la falaise ; la première pièce (sergent BRISVILLE) ouvre le feu, mais immédiatement prise à partie par une mitrailleuse, elle doit cesser le tir.

LEMERRE ouvre un tir de fumigènes J. D. et arrose les mitrailleurs ennemis de phosphore enflammé ; LIGNEREUX met lui-même une mitrailleuse en batterie et ouvre le feu sur le point d’où a tiré la mitrailleuse ennemie. Encore quelques rafales, et celle-ci se tait définitivement. En quelques minutes, les 37 ont réglé sur tous les postes de mitrailleurs ennemis ; un seul, trop près pour être inquiété, est surveillé par la demi-section du sergent MOUGEOT (5e compagnie). A 15 h.55, les mitrailleuses, les canons de 37 les mortiers J. D. commencent un tir d’efficacité soutenu. Le résultat cherché est obtenu, la section CHAMBON puis la section AMELOOT gagnent sans être vues le bord de la rivière. Les sapeurs s’approchent avec leurs passerelles.

Brûlés par le phosphore des obus J. D. fumigènes, quelques Boches fuient en arrière, ils sont mitraillés par le lieutenant LIGNEREUX. Les chasseurs et les sapeurs sont enthousiasmés, les Boches littéralement blottis dans leurs trous ne bougent plus. Deux sous-officiers du génie lancent la passerelle. Les J. D., canons de 37 et mitrailleuses intensifient leur tir. Au moment où le lieutenant CHAMBON donne le signal de l’assaut, automatiquement (la liaison s’opérant à vue) les pièces allongent leur tir. Quatre Boches sortent de leurs trous pour servir leur mitrailleuse, mais le sergent MOUGEOT et sa demi-section sont à l’affût, les Boches sont abattus à coups de fusil. Un chasseur, de l’eau jusqu’au ventre, franchit la passerelle, se précipite sur le poste le plus voisin, lance une grenade, fait surgir six Boches affolés, plus ou moins blessés, qui dans leur précipitation à se rendre s’élancent sur la passerelle, arrêtant notre mouvement en avant ; un fusilier-mitrailleur l’arme sous le bras déblaie la passerelle par une rafale bien ajustée (2 tués, 4 noyés) ; la passerelle endommagée est vite réparée par les sapeurs. Le lieutenant CHAMBON franchit l’Oise ; par petits groupes, les chasseurs font le nettoyage de la rive droite (24 prisonniers vivants et 9 mitrailleuses prises). Le sergent AMELOOT avec sa section se porte en avant et établit une série de petits postes en direction de Saint-Germain.

A droite, la 1re compagnie franchit l’Oise presque en même temps, l’aspirant LEFEBVRE du PREY entraînant sa section avec le plus merveilleux entrain. Là aussi le nettoyage est fructueux, puis la 1re se rabat sur Saint-Germain, pour couvrir la droite de la 5e et se relier à elle. Fut-il impressionné par la vigueur de l’attaque ? mais l’ennemi se replie sans même essayer de disputer au 19e l’honneur d’avoir franchi le premier la dernière ligne de résistance des armées allemandes dans le nord de la France.

Aussitôt l’Oise franchie par les 1re et 5e compagnies, la 4e compagnie au nord jette par la passerelle de la gare de Saint-Germain des éléments au delà de la rivière, à la recherche de la compagnie CHAMPY, du 26e ; ne la trouvant pas, elle se contente de couvrir la passerelle. A 20 heures, les passerelles de franchissement sont renforcées, les communications avec l’arrière sont assurées, et quoique seules de l’autre côté de l’Oise, les 1re et 5e compagnies envisagent une nuit tranquille.

Le 5, l’ennemi se retire, le bataillon passe en entier l’Oise aux premières heures du jour et entame aussitôt la poursuite. Nous marchons par la ferme Bono, puis, de là, sur le front Lavaqueresse — Maison des Trois Pigeons ; dans l’après-midi, réactions fréquentes de l’artillerie ennemie. Au soir, le bataillon s’arrête partie à la Maison des Trois Pigeons, partie au bois de la cote 161 (ouest de Lavaqueresse) ; le corps à notre gauche a pénétré dans Lavaqueresse. La journée s’achève sous la pluie et dans la boue, par un bombardement du bois cote 161. Aux Trois Pigeons, nous avons trouvé des civils ; le 171e en a trouvé aussi à Villers-lès-Guise, que cependant l’ennemi a bombardé copieusement.

Le 6, continuation de la poursuite ; nous marchons par le sud de Lavaqueresse, par Leschelle (prise de 2 canons de 210), Dohis, Buironfosse.

La guerre change d’aspect ; nous trouvons maintenant des villages regorgeant d’habitants ; ce sont leurs habitants propres, augmentés souvent de ceux des villages du front précédemment évacués sur l’arrière par l’ennemi.

A chaque pas les mêmes scènes inoubliables de reconnaissance, de joie, d’attendrissement se renouvellent. Ce sont des captifs de quatre ans qui tout à coup voient la délivrance. C’est plus que de la joie, c’est un bonheur surhumain qui éclate sur tous les visages; quelques-uns pleurent, des chasseurs sont embrassés, des parents se reconnaissent. Sans souci de la balle qui siffle ni de l’obus qui éclate, tout le monde est aux portes, tout le monde est dans la rue. A peine le premier chasseur, le premier Français apparaît-il, alors qu’à l’autre extrémité du village le dernier Allemand n’est pas encore parti, que déjà les drapeaux tricolores sont aux fenêtres. C’est la journée du « café » ; les habitants dépouillés, dénués de tout, n’ont qu’une maigre réserve de café ou mieux d’orge grillé. Si un chasseur entre dans une maison, il doit accepter une tasse de café : comment refuserait-il ? Il y a tant de plaisir, tant de joie, tant de bonheur dans l’offre, et le refus causerait une telle déception ! Les plus fortunés ajoutent des pommes ; les chasseurs donnent du pain, les jeunes enfants n’ont jamais vu de vrai pain et les vieux l’ont oublié.

Ceux qui ont vu cela ont été payés de leurs quatre années de guerre, mais il y a un danger dans ce débordement d’effusions, dans cet irrésistible entraînement, et il faut toute l’autorité des chefs, toute la discipline des chasseurs pour que la marche n’en souffre pas.

Un fait nous frappe encore, l’ennemi ne tire plus sur les agglomérations ; tous les carrefours sont détruits, toutes les voies sont coupées par de gigantesques entonnoirs, le canon nous accompagne toujours dans notre marche, mais, à l’inverse de ce que nous avons vu pendant quatre ans, dans les villages, plus rien !

Des troupes, tout à l’heure, viendront en masse s’entasser dans Buironfosse encombrée déjà d’un surcroît de population civile, et pas un obus n’y tombera, sauf au long de la route nationale où la fréquence et l’intensité des bombardements marqueront nettement la volonté de l’ennemi d’en agir ainsi.

Au soir du 6, le groupement d’avant-garde (CHAILLIOT) a ses avant-postes à la ferme de Parpe et aux lisières est de la forêt du Nouvion, entre la route et la voie ferrée ; le groupement DECAUDAVEINE est à Buironfosse où se trouve le commandant. Nous passerons ainsi la nuit. Jusque-là, la 166e D. I. a marché sur deux colonnes, le 19e formant tête de colonne de gauche.

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