La poursuite

Auberive (14 septembre) et Baconnes (17 septembre). Fort de la Pompelle – La Fermé d’Alger (24-26 septembre).

Par Connantre et Connantrey le 10, Thibie le 11, la poursuite nous amène le 12 au matin devant la Marne, à Matougues, à l’ouest de Châlons.

Tous les ponts sont rompus, il faut improviser des moyens de passage ; des tirailleurs ennemis laissés sur la rive droite, et quelques coups de canon ne peuvent longtemps nous en empêcher ; après la Marne, le canal est franchi, et le soir nous atteignons La Veuve.

Ce jour-là était arrivé de Bar-Ie-Duc à la 42e D. I. un renfort destiné au 94e R. I. et sous les ordres du commandant BOULANT, de l’infanterie coloniale. Le commandant BOULANT reçoit le commandement du 19e B. C. P.

Le 13 septembre, le 19e, parti de La Veuve, et après avoir enlevé Mourmelon, marche par la gauche de la route de Mourmelon à Auberive ; le 8e, à sa hauteur, marche à droite de la route. Vers midi, au débouché du bois au nord du fort de Saint-Hilaire, l’ennemi, partout en position, accueille nos têtes de colonnes par une vive canonnade ; le 19e subit des pertes sérieuses, le commandant BOULANT tombe des premiers, mortellement atteint. Le capitaine DUCORNEZ, du 8e bataillon, qui se trouvait non loin de là, à la tête de sa compagnie, est immédiatement désigné pour lui succéder. La canonnade continue jusqu’à la fin du jour; à la nuit, le 19e rentre à Mourmelon.

Auberive (14 septembre 1914). — Sur tout le front la résistance de l’ennemi s’est ainsi affirmée, le général GROSSETTI décide de la briser, et la 83e brigade reçoit l’ordre de se porter le 14 sur Auberive, par la ferme de l’Espérance. Le 19e, qui forme l’avant-garde, s’ébranle à 4 heures du matin.

Il a plu, le temps est couvert ; cependant le canon se met vite de la partie, les bois au nord du camp sont soumis à de violents bombardements ; le 19e est arrêté tout le jour au carrefour de l’auberge de l’Espérance, et toutes ses tentatives de débouché sont accueillies par un feu nourri aux lisières du bois. Un obus blesse légèrement le commandant à la tête et désorganise son groupe de combat. Au milieu de l’après-midi, un autre corps se porte en ligne à gauche, en vue d’aider par une action de flanc l’attaque de front du 19e.

Le soir tombe vite, la nuit est presque complète quand les renseignements venus de la gauche permettent de croire le moment venu ; le commandant débouche de l’Espérance et se porte à l’attaque, deux compagnies à droite de la route, une compagnie à gauche, le reste maintenu dans le bois. Soudain, sur tout le front, les tranchées qui couvrent Auberive au sud s’allument de mille fusées, quelques projecteurs apparaissent, les mitrailleuses crépitent de toutes parts, une automitrailleuse démasquant ses phares s’avance sur la route.

Nulle intervention ne se manifeste à gauche ; le 19e, isolé, s’arrête, puis se reforme dans les bois de l’Espérance. Un peu plus tard, son gros est ramené dans la ligne des avant-postes, que l’ordre de stationnement, non parvenu, avait établis un peu en arrière. Les 15 et 16, à Mourmelon, en réserve, quelques mouvements dans les bois.

Bois de Baconnes (17 septembre). — Le 17, nouvelle attaque, nouvel objectif. Il s’agit cette fois d’enlever les hauteurs de Moronvilliers. Une marche d’approche par la gauche de Baconnes et les bois de Baconnes nous amène à l’est de la ferme Moscou, dans les bois au nord de la route de Reims. Après les bois, c’est une grande clairière formant glacis jusqu’au pied des hauteurs Moronvilliers — Nauroy, aux pentes puissamment organisées, solidement tenues. Débouchant des lisières, les 8e et 19e B. C. P. tentent de multiples assauts, tous brisés par des feux de mitrailleuses nourris et meurtriers ; les pertes sont sévères ; là se distinguent les 4e et 6e compagnies, avec les sous-lieutenants PHILIPPEAUX et DUBOS ;là tombe dans une suprême tentative, à la tête de la 3e compagnie qu’il enlève à l’assaut, l’adjudant LANGELÉ.

Du 18 au 22, stationnement dans les bois, combats journaliers, quelques contre-attaques

repoussées, et dans la nuit du 22 au 23 le 19e rentre à Mourmelon.

Le 23, la 42e D. I. se porte au sud de Reims, et le 19e cantonne à Champfleury.

Ferme d’Alger (24, 25, 26 septembre 1914). — Le 24 septembre, le 19e, par le sud du Fort de Montbré, la ferme Saint-Jean, le château de Romont et le parc du château, gagne Sillery et va

s’établir entre le canal et la voie ferrée, la gauche au pont de la ferme Couraux. Devant nous au nord de la voie ferrée un glacis nu s’élevant sur une longueur de 1 kilomètre, entre un grand bois allongé à droite, et le fort de la Pompelle à gauche ; le fort est à nous, mais l’ennemi tient encore solidement ses abords nord et en particulier la ferme d’Alger, en contre-pente par rapport au glacis, et à l’extrémité immédiate de celui-ci. A partir de là, le terrain, aux vues directes du fort de Nogent-l’Abbesse, est tenu par l’ennemi qui dispose de nombreuses mitrailleuses et a déjà partout établi des défenses accessoires.

Le 24, après midi, le bataillon s’avance sur le glacis, est arrêté devant la ferme d’Alger et ne peut dépasser à droite la route de Sillery.

On attaquera le 25 ; l’artillerie, en position entre la ferme Couraux et Sillery, exécute des tirs sur la ferme d’Alger dont les toits apparaissent devant nous.

Au début de l’après-midi, le général KRIEN, qui se trouve à la voie ferrée, appelle à lui le capitaine DUCORNEZ pour l’entretenir des conditions de l’attaque, puis, après une courte conversation téléphonique avec le général GROSSETTI, dit au capitaine : « L’ordre est formel. On nous demande de nous sacrifier, eh bien ! nous nous sacrifierons ensemble, et je marcherai à votre tête. »

Quelques minutes après, le bataillon entier, dans un élan superbe, se jette en avant ; le général GROSSETTI, qui contemple l’assaut du clocher de Sillery, est enthousiasmé. Mais l’ennemi l’accueille de tous ses fusils, de toutes ses mitrailleuses, de tous ses canons ; ses grosses pièces, établies vers Nogent-l’Abbesse, couvrent de leurs formidables projectiles les glacis nord de la Pompelle et les abords d’Alger.

Dès le début, le général KRIEN tombe gravement blessé d’une balle ; à droite, la progression est lente et pénible ; à gauche, les groupes d’assaut marchent dans un enfer d’explosions qui projettent dans les airs de funèbres débris. La ferme est atteinte ; mais, malgré des efforts surhumains, nous ne pouvons pénétrer à l’intérieur. Tout ce que peut tant d’héroïsme, c’est le maintien de la ligne à la ferme, malgré les tentatives de l’ennemi.

Le 26, le bataillon reste sur sa position ; le capitaine DUCORNEZ, blessé au pied, est porté à l’ambulance du château de Romont. Il y est suivi, le 27, par le sous-lieutenant PHILIPPEAUX, mortellement blessé, par le sous-lieutenant TERREAUX, et quand ce soir-là le 19e est ramené à la voie ferrée, il n’y reste plus qu’un seul officier : le sous-lieutenant DUBOS. Trois jours après, le capitaine DUCORNEZ peut se tenir debout, il est ramené au bataillon, qu’il n’a pas cessé de commander de l’ambulance ; il est promu chef de bataillon le 6 octobre.

Jusqu’au 17 octobre, le bataillon occupe successivement les secteurs de Saint-Léonard – Taissy

– Sillery – La Pompelle, et le 18 il vient cantonner à Ay (Marne), prêt à s’embarquer avec la 42e D. I. à destination des Flandres.

Pendant cette période, la 42e D. I., réunie à la 38e D. I. et à des Sénégalais, a formé le C. A. C. (corps d’armée combiné), puis le 32e C. A. (IXe armée).

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