L’apothéose

La Journée des Parlementaires (7 novembre 1918). L’Armistice (11 novembre 1918).

Au matin du 7, le général CABAUD a décidé que la marche de la 166e D. I. continuera en une seule colonne.

Une avant-garde de division sous le commandement du commandant DUCORNEZ est formée, elle comprend :

1 escadron divisionnaire (capitaine d’ETCHEGOYEN), le 19e bataillon de chasseurs, constitué en deux groupements :

Groupement CHAILLIOT (3 compagnies et 1 C. M.) ; Groupement DECAUDAVEINE (2 compagnies et 1 C. M.) ;

1 bataillon du 171e (capitaine LHUILLIER, encore adjudant-major du 19e quelques jours auparavant) ;

1 groupe d’artillerie (234e R. A. C.).

II est 6 h.30, le commandant qui vient d’expédier ses ordres se prépare lui-même à quitter Buironfosse, quand tout à coup se présente, mystérieux et affairé, un officier de l’état-major qui demande à le voir en particulier.

« Les parlementaires allemands venant demander l’armistice se présenteront à partir de 8 heures à Buironfosse par la route de La Capelle. Prendre immédiatement toutes dispositions pour faciliter leur entrée dans les lignes françaises. »

Telle est la communication.

Certes la victoire est acquise, certes la retraite des Allemands est de celles qui marquent le désastre et l’écroulement d’une armée, néanmoins c’est un coup de foudre, et rien ne peut rendre à la fois l’émotion, la joie, la stupeur d’un pareil moment.

Il y a des secrets qui ne se peuvent pas garder. Bientôt, avec la rapidité de l’éclair, tout le monde a compris, tout le monde a deviné. Les visages s’illuminent, resplendissants de joie et d’orgueil. Les avis nécessaires sont envoyés aux commandants des bataillons qui continuent leur mouvement. A la fin de la matinée, le groupement CHAILLIOT est échelonné entre la Cense aux Lièvres et le Routier par le sud de La Flamengrie, ses éléments de tête, de la Cense aux Lièvres jusque vers la cote 232 (nord-ouest de La Capelle) ; le bataillon LHUILLIER tient la ligne de la cote 232 au bois Nul s’y frotte.

Le commandant est au passage à niveau au nord-ouest du Dernier Sou ; un cavalier envoyé par le capitaine CHAILLIOT arrive au galop, avec une note disant : « Des parlementaires ennemis viennent de se présenter. » C’est tout.

Le commandant rentre dans La Capelle, il voit LHUILLIER à la sortie nord, qui lui apprend l’incident suivant. Des officiers allemands se sont avancés au-devant de ses hommes, et ont déclaré : « L’armistice est signé (sic). Nous restons sur nos positions, et si vous n’avancez pas, nous ne vous ferons aucun mal, mais si vous voulez continuer votre mouvement, nous combattrons. »

LHUILLIER signale aussi des tentatives de fraternisation.

Le commandant donne l’ordre de suspendre tout mouvement, de s’opposer aux tentatives de fraternisation et de faire prisonniers les Boches qui s’y livreront, puis il rend compte au général de division et demande des instructions.

Rentrant alors dans La Capelle, il aperçoit une auto aux couleurs de l’armée.

Le chauffeur lui apprend que la mission envoyée par la Ire armée pour recevoir les parlementaires

est arrivée ; le commandant s’y fait conduire, il la trouve à la villa Pâques, à la sortie de La

Capelle par la route d’Hirson, avec le commandant de BOURBON-BUSSET.

On décide de s’en tenir à la ligne de conduite adoptée ; l’itinéraire à suivre par les parlementaires

leur a été fixé par le maréchal FOCH, et il importe d’éviter tout incident.

Le commandant de BOURBON-BUSSET met une auto à la disposition du commandant DUCORNEZ.

A 13 heures, le commandant DUCORNEZ rentre à son P. C. qui s’est installé sortie nord-ouest de La Capelle. Son poste de T. S. F. lui communique un radio prescrivant suspension d’armes de 13 heures à minuit.

Au début de l’après-midi, un officier et cinq Boches se présentent à la 4e compagnie pour fraterniser ; nous les faisons prisonniers et les envoyons à l’arrière, l’officier boche déclare qu’il croyait la guerre finie et qu’il venait pour dire bonjour aux camarades français, il paraît très surpris de ce qui lui arrive.

Vers 15 heures, deux cavaliers boches viennent en parlementaires à la cote 282 ; l’officier se présente au capitaine LHUlLLIER. Il est jeune, loquace, aimable et paraît tout aussi heureux du rôle qu’il a à jouer qu’inconscient de la signification de ce rôle pour son armée. C’est le lieutenant Von JACOBI ; il est envoyé par le général (commandant une division allemande) installé à Rocquigny pour prévenir de l’arrivée de la mission allemande vers 16 heures par la route de Haudroy.

Le commandant DUCORNEZ se rend auprès du commandant de BOURBON-BUSSET, et toute la mission française, en auto, part pour la cote 232 ; voitures et personnel s’arrêtent à quelques centaines de mètres avant le carrefour ; le commandant DUCORNEZ, accompagné du lieutenant de KERARMEL, officier de renseignements, se rend au carrefour avec le commandant de BOURBON-BUSSET ; le capitaine LHUILLIER les y rejoint.

Certaines questions sont réglées ; par ordre, les parlementaires n’auront pas les yeux bandés. De temps en temps passent, venant de Haudroy et rentrant dans nos lignes, des gens qui le plus souvent chantent et manifestent la joie la plus exubérante.

Ce sont des habitants de la région déjà traversée, d’abord emmenés ou évacués par l’ennemi et auxquels celui-ci vient de rendre la liberté.

Par eux nous savons ce qui se passe dans les lignes boches et le grand émoi qui règne devant nous.

C’est, de ce côté-là, du délire ; les soldats ennemis manifestent, brisent leurs armes, déclarent que la guerre est finie et tentent de fraterniser avec les habitants.

L’heure s’avance, la nuit vient, la pluie tombe, et ni parlementaires ni nouvelles.

Le commandant DUCORNEZ ne veut pas envoyer de parlementaires à l’ennemi, il est 18 h.30, il fait tout à fait noir.

Le commandant de BOURBON-BUSSET rentre à la villa Pâques avec la mission. Le commandant DUCORNEZ laisse un cavalier auprès du capitaine LHUILLIER et prend ses dispositions pour être prévenu dès que les parlementaires seront signalés ; il viendra les recevoir et les conduira à la mission ; puis il rentre à son P. C.

Là, à 20 h.30, le planton signale tout à coup la sonnerie du clairon ; le commandant part aussitôt en auto et déjà le cavalier de LHUILLIER arrive à plein galop.

A la sortie de La Capelle, l’auto du commandant se trouve devant les autos allemandes, tous phares allumés, que LHUILLIER amène, et qui s’arrêtent.

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Quelques personnes en descendent.

Grand, digne et correct, le général Von WINTERFELD, l’arrogant attaché d’avant-guerre, se présente ; le commandant se présente, « commandant DUCORNEZ, commandant les avant-postes français ».

Le général s’excuse d’arriver avec un tel retard, il s’exprime en français avec une parfaite aisance. Le commandant s’excuse de n’avoir pu attendre en raison de l’incertitude de l’heure de l’arrivée. Le général est élégamment vêtu, il porte une luxueuse pelisse et est coiffé de la casquette ; une ou deux décorations seulement. Les autres officiers allemands sont dans la même tenue. Parmi les civils, ERZBERGER, plutôt court, légère tendance à l’obésité, teint coloré, toujours en mouvement, presque fringant, presque souriant, paraît totalement étranger à ce qui se passe autour de lui ; on dirait un voyageur à qui une courte panne d’auto permet de se dégourdir les jambes pendant quelques minutes.

Quelques très rapides présentations, car le commandant explique de suite au général qu’il va le conduire à la mission chargée de l’accompagner dans son voyage au G. Q. G., puis il le prie de remonter en voiture et de le suivre.

Cela ne se fait pas sans peine : malgré la brièveté de la scène, la foule est accourue, énorme, foule de soldats et d’habitants qui ont passé la journée dans une attente fiévreuse ; les phares allemands illuminent la scène de flots de lumière crue auxquels nos yeux ne sont plus habitués ; depuis si longtemps on évite toute lumière au voisinage du front.

Le cortège s’ébranle enfin, l’auto du commandant en tête, et gagne la villa Pâques, non sans un crochet dans les rues de La Capelle dû à une erreur de direction.

A la villa Pâques, nouvelles présentations au commandant de BOURBON-BUSSET ; dans le salon brillamment éclairé de la villa, la scène a vraiment cette fois un air de grandeur. Devant la division à notre droite des officiers allemands ont fait connaître qu’ils avaient ordre de suspension d’armes jusqu’au 8 à 6 heures et ils sont venus demander confirmation ; le commandant de BOURBON-BUSSET pose à ce sujet une question au général Von WINTERFELD ; le commandant DUCORNEZ intervient et fait connaître le radio prescrivant l’heure de minuit ; le général Von WINTERFELD accepte sans discuter.

Peu après, la file d’autos françaises emportant les deux missions s’ébranle par Buironfosse vers Homblières ; les luxueuses autos allemandes avec leurs chauffeurs sont laissées sous garde à La Capelle.

Le commandant DUCORNEZ reconduit jusqu’à l’extrémité des lignes françaises le lieutenant Von JACOBI et l’escorte allemande, dans leurs autos. En se séparant, Von JACOBl, toujours souriant et empressé, dit : « J’espère maintenant que nous aurons bientôt la paix. » Le commandant répond par une vague banalité : « La paix est un bienfait des dieux. »

Le commandant rentre à son P. C., il est 22 h.30 ; il y trouve un radio prolongeant la suspension d’armes jusqu’à 6 heures ; avis en est aussitôt donné en ligne.

Au matin du 8 novembre (après 6 heures) la marche en avant reprend ; bientôt tout le front ennemi s’allume du feu de ses mitrailleuses, et il réagit par son artillerie ; à 7 heures la sortie nord-est de La Capelle, vers la cote 232, est violemment bombardée..

A droite, le bataillon LHUILLIER ne pourra, de la journée, dépasser les bois à l’est de La Capelle.

A gauche, le groupement CHAILLIOT marche sur Haudroy ; à l’entrée d’Haudroy,

CHAILLIOT avec sa liaison, accompagné du médecin et de ses infirmiers, se trouve brusquement en présence d’un groupe ennemi très supérieur en nombre. Il n’y a qu’un moyen de s’en tirer : payer d’audace. Instantanément, furieusement, CHAILLIOT et tout son groupe chargent ; le docteur lui-même, le fougueux CHIOSELLI, un fusil en main, fait des prodiges ; l’ennemi, décontenancé, recule.

Les cavaliers de l’avant-garde enlèvent un poste de sept hommes commandé par un sous-officier. D’autres prisonniers sont faits en divers points (en tout trois officiers et une soixantaine d’hommes). Haudroy est assez rapidement à nous, mais la réaction de l’ennemi s’accentue et nous ne pouvons dépasser sensiblement le village.

C’est à Haudroy, le 8 novembre, que le 19e a ses dernières victimes de la guerre : le lieutenant MOULIN, commandant la 5e compagnie, le fourrier REIFFSTECK, les chasseurs GAUTARD, LEBLOND, UBERQUOI, de la 5e compagnie, le chasseur WILLAY, de la 1re compagnie, tués ou blessés mortellement.

A 16 heures, nouvelle suspension d’armes pour permettre le passage d’un plénipotentiaire portant au G. Q. G. allemand nos conditions d’armistice.

A 19 h.30, le commandant de BOURBON-BUSSET, accompagnant en auto le capitaine Von ELLDORF, se présente au P. C. DUCORNEZ, le lieutenant de KERARMEL et le clairon ROUX partent avec eux. Les voitures s’avancent phares allumés (deux allemandes et une française). Au passage à la cote 232 LHUILLIER prévient que, malgré la suspension d’armes, une mitrailleuse boche tire toujours vers Haudroy.

Le clairon sonne, la voiture s’avance lentement, le clairon sonne toujours, mais toujours aussi la mitrailleuse tire.

A Haudroy un grand entonnoir barre la route, et des chasseurs préviennent de prendre garde au carrefour de Clairefontaine, battu par la mitrailleuse.

Le commandant de BOURBON paraît furieux, et Von ELLDORF assez mal à l’aise. De BOURBON, de KERARMEL et Von ELLDORF, à pied devant les autos qui les ont rejoints, et éclairés par les phares, atteignent le carrefour où une rafale les salue ; de BOURBON et de KERARMEL passent, Von ELLDORF s’arrête à l’abri d’une maison.

De KERARMEL retourne en arrière, prend le drapeau blanc parlementaire, et accompagné du clairon sonnant sans interruption, lui-même agitant son drapeau, se reporte en avant, suivi de Von ELLDORF ; au carrefour, nouvelle rafale, deux balles dans le drapeau. Et toujours le clairon sonne, et toujours la mitrailleuse tire.

Voici nos avant-postes, le lieutenant CHAMBON se présente pour guider le groupe jusqu’au poste ennemi le plus proche dont l’emplacement a été reconnu en fin de journée. C’est sur la route de Rocquigny, il n’y a plus de poste. Une maison ! A l’appel, les habitants effrayés sortent de leur cave où les Boches les ont fait descendre deux heures auparavant ; ils ne savent rien. La mitrailleuse tire toujours et se déplace.

Von ELLDORF crie en allemand : « Y a-t-il un soldat allemand ici ? Je suis un officier de la délégation de l’armistice.Je demande une réponse. » Il renouvelle plusieurs fois son appel, seule la mitrailleuse répond.

Au carrefour de Bas-Bugny, de KERARMEL frappe à une porte, aussitôt une vingtaine de personnes, hommes, femmes et enfants, sortent. Explosion d’enthousiasme, cris : « Les Français, voilà les Français, vive la France ! » Embrassements.

Le commandant de BOURBON, qui s’impatiente, veut prendre congé : « Au revoir, nous reviendrons » ; les mains se tendent, et dans son désarroi Von ELLDORF lui aussi serre les mains, répétant machinalement : « Oui ! Au revoir ! Oui ! Je… je… reviendrai. »

Le clairon sonne, la mitrailleuse tire, partout de formidables explosions, le rouge des incendies ensanglante la nuit.

Tout à coup, à quelques centaines de mètres en avant du groupe, un obus, puis deux, puis trois ; bientôt il n’y a plus de doute, c’est sur la route un barrage en avant des autos aux phares allumés. Les Boches ne veulent donc plus de leur parlementaire, le commandant de BOURBON décide de rentrer dans nos lignes, il repasse à La Capelle à 22 h.30.

A minuit, coup de téléphone, il faut faire une nouvelle tentative ; à minuit 30 le commandant de BOURBON et Von ELLDORF arrivent au P. C. ; de KERARMEL et le clairon ROUX repartent avec eux.

A partir du point où ils s’étaient arrêtés la première fois, le commandant de BOURBON, de KERARMEL et le clairon descendent de voiture et continuent à pied. Toujours de fortes explosions, mais plus de mitrailleuse ni d’artillerie. Le clairon sonne.

A Rocquigny, au premier coup de clairon tous les habitants sont sur la place et la scène émouvante de Bas-Bugny se renouvelle. Indifférent dans sa voiture, Von ELLDORF reçoit les injures de la foule.

Depuis une heure tous les ponts sont sautés, il faut encore faire demi-tour ; retour à La Capelle à 3 heures.

A 4 heures, nouveau coup de téléphone, ordre de passer Von ELLDORF coûte que coûte. Le commandant de BOURBON repasse et repart, cette fois, par le Gravier de Chimay et Wignehies.

A Wignehies, renouvellement des scènes de Rocquigny, et aussi même résultat ; tous les ponts sont

coupés, le groupe du commandant de BOURBON fait demi-tour une troisième fois.

Mais la suspension d’armes prenait fin à 4 heures ; le 9, à 6 heures du matin, la division reprend sa

marche.

Le bataillon pénètre à Wignehies, puis entre à Fourmies. Il est impossible de décrire l’accueil chaleureux, l’enthousiasme délirant des populations ; jamais nos chasseurs n’ont été autant embrassés.

Fourmies est pavoisée. La municipalité est sur la place de l’Hôtel de Ville ; toute la ville est autour d’elle ; CHAILLIOT, le premier officier français qui se présente, est acclamé et couvert de fleurs. Il est 11 heures, le commandant DUCORNEZ quitte Wignehies où il vient de faire un arrêt assez long ; le colonel GARÇON arrive, suivi de Von ELLDORF.

Il faut faire passer Von ELLDORF à tout prix ; si les avant-postes allemands refusent encore de le recevoir, un avion est prêt, et il partira par la voie des airs.

Les pionniers du 19e s’attellent aux autos et les roulent à travers les prés ; l’itinéraire de Von ELLDORF est par Glageon et Trélon, mais c’est le front d’une autre division, on ne sait si elle est prévenue ; d’ailleurs on apprendra bientôt que la route Fourmies — Glageon a ses ponts coupés. Le commandant prescrit donc à Von ELLDORF de suivre la route d’Ohain que déjà sa pointe de cavalerie vient d’atteindre et de dépasser.

Quelques heures plus tard, l’officier français de la 166e division, qui a cette fois accompagné Von ELLDORF, rentrera dans nos lignes et nous apprendra que Von ELLDORF a enfin été reçu avec les honneurs militaires par une compagnie allemande au sud de Wallers-Trélon.

Au soir du 9, nous atteignons la frontière belge et nous prenons les avant-postes à l’est de Pont-Baudet ; les éléments de droite de la D. I. sont à Momignies (Belgique).

Pour nous la guerre s’achève par la libération complète du territoire français.

Le 10, la division continue sa marche sur Chimay, mais le bataillon, devenu réserve de division, cantonne à Ohain ; c’est là que le lendemain à 11 heures nous entendrons le dernier coup de canon de la guerre. C’est l’armistice.

Dans l’après-midi du 11, nous redescendons à Fourmies.

Le 12, sur la place de Fourmies, première revue française. Le général CABAUD, accompagné du colonel GARÇON, passe le 19e en revue et remet des palmes à son fanion, en même temps que la croix d’officier de la Légion d’honneur au commandant DUCORNEZ.

Après la revue, laissant à Fourmies pour le service de garde les 1re et 3e compagnies, le bataillon va cantonner aux Haies-de-Trélon.

PHOTOS DES OFFICIERS

Ordre de Bataillon n ° 373.

Landau, le 26 septembre 1919.

OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX ET CHASSEURS DU 19e !
Après cinq ans de guerre, je vous quitte.

Après les heures tragiques vécues ensemble, après avoir si longtemps partagé les mêmes souffrances et les mêmes dangers, comme aussi l’allégresse des mêmes victoires, la séparation ne peut être pour moi que le plus cruel des déchirements.

Mais aussi, j’emporte la plus belle des consolations : la fierté d’avoir commandé un corps qui, du premier jour au dernier, fut toujours sur la brèche ; la fierté d’avoir commandé un corps qui jamais n ‘a faibli ; la fierté d’avoir commandé un corps dont la moisson de gloire est sans pareille, qui a fait plus qu’aucun autre pour la victoire et le salut de la France ; la fierté d’avoir commandé un corps qui fut toujours corps d’élite, qui fut toujours corps d’attaque, bataillon d’assaut ; où les actes d’héroïsme et de dévouement furent innombrables, où l’homme était si beau, qu ‘à Bagatelle, peu de jours avant sa mort glorieuse, le colonel ESCALLON s’écriait : « Le Poilu après la guerre, il faudra se mettre à genoux devant lui ! » Adieu !

Chasseurs du 19F, soyez à tout jamais fiers de votre numéro, soyez dignes de vos anciens, de ceux qui sont tombés comme de ceux qui ont triomphé, n ‘ayez au cœur qu ‘une passion, celle de votre héritage de gloire, qu ‘un désir, celui de ne rien faire qui le puisse ternir.

Commandant DUCORNEZ.

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