Les hauts de Meuse

Les Éparges — Ravin de Sonvaux (juin 1915).

Les Éparges sont le centre de luttes sanglantes, qui se sont d’abord déroulées à l’est sur les hauteurs de Combres ; aujourd’hui l’ennemi pousse son effort à l’ouest, et c’est entre les Éparges et la Grande Tranchée de Calonne que se livrent les combats.

Ce nouveau théâtre qui nous appelle, pays de forêts accidentées lui aussi, n’est point sans analogie avec l’Argonne, mais cette fois la belle saison est venue.

C’est le 2e C. A. qui s’y trouve engagé ; la 7e brigade de chasseurs est mise provisoirement à sa disposition, et le 22 juin après midi, par Ancemont et Dieue, le 19e gagne Sommedieue. Quelques jours d’attente (du 23 au 28) près du château de Murauvaux, puis au carrefour des Trois Jurés, et le 28, à 10 heures du soir, nous relevons le 51e R. I.

La compagnie de gauche est installée aux lisières sud des Éparges, appuyée au ruisseau et tenant le village ; de là, notre ligne, se dirigeant vers le sud-ouest, s’élève sur les pentes de la rive droite du Ravin de Sonvaux ; elle s’arrête un peu au delà du confluent de la double source du ravin. Dans la partie supérieure et boisée, elle est en plusieurs points dominée par la position ennemie qui se développe parallèlement à la nôtre et à faible distance.

Il y a là une situation à rétablir ; en vue de brusquer la décision nous recevons l’ordre d’attaquer le lendemain, par surprise ; il n’y aura pas de préparation d’artillerie. Le 29, à 11 heures du matin, la ligne d’assaut, sortant de la tranchée, brusquement se jette en avant ; mais dans ce secteur agité, au lendemain d’une attaque, l’ennemi veillait ; sur tout le front, ses mitrailleuses ouvrent le feu, nos vagues d’assaut sont fauchées. Au-centre, elles tombent à quelques mètres à peine de notre ligne, et nous devons attendre la nuit avant de pouvoir relever les corps ; c’est à la compagnie DUFLOS (5e), où on a dû mettre baïonnette au canon accroupis dans le fond d’une tranchée à peine commencée, et où sur trois chefs de section partis à l’assaut, deux sont tués (sous-lieutenant LEFÈVRE, aspirant CHAROY), un est blessé (sous-lieutenant HERPÈCHE). A droite, le lieutenant THOMASSET, franchissant les fils de fer, parvient à se jeter avec son peloton dans la ligne ennemie, mais il y reste isolé, et quand son monde aura été diminué de moitié, quand son front se sera réduit au point de lui laisser craindre l’encerclement, par un nouveau coup d’audace, il rentrera ; à droite encore, la 4e compagnie, lieutenant LAMON, prend pied dans les avancées de l’ennemi et s’y maintient ; là, le lieutenant PELLE saute avec quelques hommes dans un poste, aussitôt ce poste se transforme en volcan, les grenades y pleuvent sans arrêt, jamais personne n’en revint.

Une demi-heure après l’attaque, tout était fini, le calme était revenu ; nous avions 8 officiers tués et près de 300 hommes hors de combat ; nos gains, qui se limitaient au redressement de notre ligne à droite, étaient chèrement payés.

A 10 heures du soir, à 11 heures, à minuit, l’ennemi contre-attaque ; il est repoussé et n’obtient aucun résultat.

Nous restons sur cette position jusqu’au 3 juillet.

Le secteur est toujours agité, il exige une grande vigilance ; parfois l’ennemi se livre à ce qu’on appelait alors des attaques d’artillerie, tirs concentrés d’une extrême violence, brusquement déclenchés et d’assez courte durée, mais non suivis d’actions d’infanterie.

Un souvenir macabre qui reste attaché à ce nom des Éparges, c’est la pestilence cadavérique ; il faisait très chaud, l’odeur était insupportable, l’invasion des mouches dépassait toute imagination.

Les efforts des brancardiers, infatigablement dirigés par le Dr ORT, et procédant, munis de gants et de masques, toutes les nuits aux inhumations, ne pouvaient en aussi peu de temps obtenir des résultats suffisants. La souffrance résultant de cet état de choses fut parfois intolérable, et l’on put voir un jour toute la 3e compagnie prise d’une crise de vomissements qui fut un moment inquiétante. Après cette période courte mais pénible, le 19e, relevé le 3 juillet à minuit par le 26e B. C. P., va cantonner à Sommedieue, puis il est transporté le 8, en automobiles, à Chaumont-sur-Aire. Pour la première fois depuis 1914 il va connaître le vrai repos. Il se reconstituera et pourra se préparer aux efforts nouveaux que va rendre nécessaires la grande offensive de septembre. Ce sera, pendant deux mois, une sérieuse et fructueuse période d’instruction dans la riante et hospitalière région du nord de Bar-le-Duc.

Le 19 juillet, un remaniement nous fait entrer dans la 254e brigade (général DESORT) composée

des 19e et 26e B. C. P., des 171e et 172e R. I.

Le 6 août, nous nous transportons à Longchamps-surAire.

Du 20 au 27 août, courte période de travaux à Lahaymeix, Thillombois, Woimbey, et le 28 nous nous retrouvons à Longchamps-sur-Aire.

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