L’Yser

Le 19 octobre, le bataillon s’embarque à Oiry-Mareuil ; le 21, il débarque à Bray-Dunes, dernière gare française sur la ligne Dunkerque-Furnes, et va cantonner à Ghyvelde ; nous faisons désormais partie du Détachement d’Armée de Belgique.

La course à la mer s’achève ;l’ennemi qui tient Gand et Bruges et vient de mettre la main sur Ostende, veut, débouchant par le nord de Roulers, atteindre son dernier objectif : Dunkerque et Calais. La bataille de l’Yser va marquer l’échec définitif de ses projets.

De Dixmude à la mer, sur plus de 15 kilomètres, s’échelonne ce qui reste de l’armée belge ; à Dixmude arrivent, de Gand, les fusiliers-marins ; la 42e D. I. se battra partout, le général GROSSETTI la portant partout où l’ennemi attaque.

Le 22, par Adinkerke, le 19e se porte à Furnes, il y entre à la nuit, peu après le 16e, qui a défilé sur la place de l’Hôtel-de-Ville devant le roi ALBERT.

A Furnes, les Français sont accueillis en libérateurs ; malgré la nuit, car Furnes est sans lumière, dès qu’on nous reconnaît, c’est partout le même cri de joie : « Les Français ! les Français ! » et des acclamations.

Nieuport. — Le 23, combats de Nieuport et de Lombartzyde. Au matin, le 19e, marchant par Wulpen et le pont du Pélican, apparaît au sud de Nieuport. Des éléments de la 8/je brigade ont déjà pu être jetés à Lombartzyde, les Belges tiennent à Saint-Georges ; il faut, pour atteindre l’ennemi, franchir l’Yser. Opération difficile ; les voies d’eau qui avec l’Yser débouchent dans l’arrière-port de Nieuport sont en tout au nombre de cinq, séparées par autant d’écluses se succédant en une ligne continue ; une autre écluse sépare l’arrière-port du port d’échouage. Les écluses constituent les seuls moyens de passage ; toutes sont battues par des mitrailleuses ennemies, le canon bat, en outre, la ville et le port. Le mouvement est lent ; dans l’après-midi, des pontonniers belges amènent un grand bac dans le port d’échouage, le général GROSSETTI appelle le commandant et met le bac à sa disposition ; le passage du 19e commence aussitôt. Au soir, le bataillon est dans l’ancien ouvrage à cornes, deux de ses compagnies en ligne plus au nord avec le 16e ; une attaque ennemie est repoussée.

Pervyse. — Dans la nuit, alerté, le bataillon est appelé à Lombartzyde en flammes quand de nouveaux ordres surviennent : l’ennemi pousse en direction de Pervyse, où la situation des Belges devient critique ; laissant un simple rideau en ligne, le général GROSSETTI a décidé de ramener tout ce qu’il peut sur la rive gauche pour se jeter le lendemain matin sur Pervyse. Le 19e, le plus avancé sur la rive droite, passera le dernier et se reformera en position de réserve à l’ouest de Nieuport.

Le passage commence le 24 au petit jour, toujours à l’aide du bac ; c’est à marée basse ; si les écluses nous cachent, les obus nous cherchent, et l’un d’eux coule le bac en fin d’opération ; les derniers chasseurs doivent emprunter la voie difficile des écluses.

Au milieu du jour, le bataillon est reformé à l’ouest de Nieuport. Le canon tonne sans arrêt en direction de Pervyse, on se bat toujours à Lombartzyde, et les Belges viennent de perdre Saint-Georges.

Le commandant, inquiet, cherche la liaison avec le général (un premier courrier envoyé par le général n’est pas arrivé), et l’ordre arrive de se porter en hâte sur Pervyse où le général GROSSETTI, violemment engagé, n’a plus de troupes disponibles.

Le 19e passe le canal de Furnes au pont du Pélican, marche sur Ramscappelle, violemment bombardée, et continue sur Pervyse ; les canaux profonds qui encerclent tous les champs empêchent tout mouvement en dehors des routes. En fin de journée, le 19e atteint Pervyse, la décision déjà est acquise, l’ennemi est rejeté, deux compagnies seulement sont engagées sur la voie ferrée au sud-est de Pervyse.

Dixmude. — C’est maintenant de Dixmude qu’arrivent les nouvelles inquiétantes. L’amiral RONARC’H s’y trouve en danger, le général GROSSETTI met le 19e à sa disposition, et le bataillon quitte Pervyse le 25 au matin ; il arrive bientôt à l’entrée de Caeskerke, qui forme sur la rive gauche comme un faubourg de Dixmude, où l’amiral a son poste.

En ce moment la position de Dixmude est suffisamment assurée, mais le lieutenant-général LANTONNOY, qui commande la 6e D. A. (Division d’Armée) belge entre Dixmude et Pervyse, vient de demander aide pour dégager son front. L’amiral met le 19e à la disposition du général belge, et un peu avant midi le bataillon atteint Oostkerke, où la 6e D. A. a son quartier général. La 6e D. A. doit attaquer ; objectif principal : den Toren Ferme ; le 19e bataillon de chasseurs français, marchant en échelon en arrière à droite, la soutiendra, la couvrira à droite, assurera la liaison entre les Belges et les fusiliers-marins, et couvrira ces derniers sur leur gauche. Au départ d’Oostkerke, un officier de l’état-major GROSSETTI apporte les instructions du général au commandant. Rapide jusqu’à la voie ferrée Dixmude — Pervyse, la marche devient singulièrement lente et pénible au delà, dans la plaine des maisons de Berg, balayée par les mitrailleuses et battue sans arrêt par le canon. Le bataillon se trouve bientôt engagé en première ligne, et formant saillant il pousse jusqu’au bras de l’Yser dénommé Reygers Vliet ; il est en liaison à droite avec les fusiliers-marins, à gauche avec les éléments de la 6e D. A. belge d’Oude-Stuyvekenskerke.

Jusqu’au 2 novembre, semaine ardente, semaine de fièvre, semaine de combats incessants. D’abord, le général de BAZELAIRE (commandant la 83e brigade) veut rappeler le bataillon au nord, car on se bat toujours à Pervyse et à Ramscappelle. Mais ici le 19e est seul, il n’a personne derrière lui ; le lieutenant-général SCHEERS (commandant la 5e D. A. qui a remplacé la 6e D. A.) écrit au commandant : « Vous êtes sous mes ordres et vous le restez » ; l’amiral lui déclare qu’il n’a personne pour le remplacer et qu’il n’est pas possible de découvrir ainsi la gauche de Dixmude ; et le commandant est obligé d’exposer au général de BAZELAIRE qui le reconnaît, que l’honneur militaire lui interdit de partir. C’est du reste à cette même date que se place la journée tragique de Dixmude décrite par LE GOFFIC.

Un autre jour, la 5e D. A. se voit forcée de rectifier son front en arrière, le long de la voie ferrée Dixmude — Pervyse ; le 19e maintient sa position, prévient l’amiral qui passe aux Maisons de Berg, et tout le front de bataille est maintenu.

La vie des chasseurs en ligne est des plus dures ; pendant le jour, tout mouvement leur est impossible, tout se fait la nuit ; puis l’eau est partout et bientôt les inondations font sentir leur effet. Dans la nuit, on creuse la tranchée, on s’y met le matin ; pendant le jour, quand l’eau vous en chasse, on se couche le long du parapet, puis le soir venu on va recommencer un peu en arrière. C’est ici le lieu d’ouvrir une courte parenthèse sur le mécanisme des fameuses inondations de l’Yser. Tout ce pays est à une altitude inférieure de 1 à 2 mètres au niveau de la marée haute, et supérieure de 3 mètres environ au niveau de la marée basse. En temps normal, à marée haute, les dunes sur le littoral, et les écluses de marée fermées à l’embouchure du fleuve empêchent l’invasion des eaux de mer ; à marée basse, au contraire, les écluses ouvertes permettent l’écoulement des eaux superficielles de terre. Qu’on fasse avec les écluses la manœuvre inverse, et à marée haute la mer envahira les terres, y laissant une couche d’eau qui ne pourra plus s’écouler à marée basse.

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, un bataillon de fusiliers-marins relève enfin le 19e qui vient cantonner à Rousdammwyck, où il rejoint la 42e D. I. et où il trouve un important renfort.

La bataille de l’Yser est gagnée, mais notre rôle en Belgique n’est pas fini ; il exigera encore de longs et pénibles efforts, de lourds sacrifices.

Le 2 novembre, au matin, toute la division s’ébranle par Oostkerke, c’est une simple démonstration au sud de Dixmude ; le 19e cantonne à Lampernisse.

Le 3, marche par Alveringhem, Hoogstaade, Linde, cantonnement à Loo.

Et brusquement le 4, par Neucappelle et Oudecappelle, nous revenons sur Dixmude.

La 42e doit attaquer vers l’est, pour gagner la route Dixmude — Woumen ; elle a pour premier objectif le château sud de Dixmude (ou château de Woumen) ; elle débouchera sur le front Dixmude – Saint-Jacques-Cap pelle.

Tout le long de l’Yser, les fusiliers-marins ont créé des saignées dans les berges et établi des passerelles, et près de Dixmude il y a le pont du chemin de fer.

Le bataillon passe sur passerelles, devant Saint-Jacques-Cappelle ; il est à l’extrême droite du front d’attaque, avec pour objectif la ferme du château, au carrefour de la borne 19 ; il est renforcé par quatre compagnies du 16e.

Le 19e est tout entier consacré à l’attaque, deux compagnies du 19e formeront flanc-garde de droite entre l’Yser et la route de Woumen, deux autres compagnies du 16e sont en réserve près de l’Yser.

Sur la rive droite le terrain est exceptionnellement difficile ; jusqu’à la route, il présente l’aspect d’une plaine unie, large de 1.000 à 1.200 mètres, sillonnée de canaux ; au delà de la route : des bouquets de bois, des vergers, des haies, le groupe de maisons constituant la ferme. Dans la plaine, nul mouvement possible, tout ce qui apparaît est immédiatement fauché par les mitrailleuses ennemies ; le mouvement s’exécute exclusivement par les canaux, les chasseurs marchant courbés au bord de l’eau ;des unités s’égarent dans le lacis des canaux, un grand nombre de blessés sont noyés.

Le bataillon progresse cependant ; au delà des canaux il chasse l’ennemi de ses premières tranchées, et aborde la route ; ses éléments de tête la franchissent, prennent même pied dans les premières constructions ; mais ces constructions sont en torchis, les balles des mitrailleuses les traversent, au lieu de servir d’abris, elles servent de cibles ; les sections qui s’y trouvent sont forcées de venir se rétablir à la route ; à gauche, le 8e bataillon et les tirailleurs algériens restent toujours arrêtés devant le château.

A ce moment, l’ennemi, jugeant le moment favorable, débouche en masse des couverts au sud de la ferme, traverse la route et par une conversion vers le nord se rabattant vers le château, essaie de prendre à revers toute la ligne engagée le long de la route. L’instant est critique, les deux compagnies de flanc-garde, égarées dans les canaux, sont hors d’état de remplir leur mission. Mais le commandant avait laissé sa section de mitrailleuses sur la rive gauche, et prescrit à son chef, le sous-lieutenant LAFFITTE, de chercher sur la berge du fleuve, vers le coude de Saint-Jacques-Cappelle, une position (échelonnée en arrière à droite) lui permettant de battre de ses feux toute la plaine entre l’Yser et la route ; LAFFITTE, faisant preuve de la plus heureuse initiative, après avoir choisi un excellent emplacement, avait appelé à lui une section des fusiliers-marins et une pièce servie par des territoriaux, qui se trouvaient dans le voisinage, constituant ainsi une batterie de cinq pièces.

Dès que l’ennemi, après sa conversion, veut se porter vers le nord, à 1.100 mètres, les cinq pièces ouvrent le feu.

L’effet est instantané, la contre-attaque est anéantie et jetée à terre. La tentative ne se renouvellera pas.

L’artillerie ennemie s’attaque à la batterie de mitrailleuses, dont elle parviendra à mettre momentanément une des pièces hors de combat.

Le 6, rupture du combat, repli sur la rive gauche, cantonnement le soir à Pollinchove. Le 7, marche par Oostvleteren sur Woesten ; le général GROSSETTI fait attaquer Bixschoote ; à la fin de la journée, le l9e se porte par Zuydschoote et Lizerne sur le canal, qu’il franchit au pont de Boesinghe, à l’écluse de Het-Sas et au pont de Steenstraate, pour s’installer devant Bixschoote, sur le front Steenstraate – Korteker Cabaret.

Le 8, le général GROSSETTI reçoit le commandement du 16e C. A. dont le Q. G. est à Dickebusch, au sud d’Ypres, et le général DUCHÊNE prend le commandement de la 42e division. Le général GROSSETTI a décidé d’emmener deux bataillons de chasseurs, le 16e et le 19e ; le bataillon, relevé au début de la nuit, reçoit l’ordre de se porter sur Kruisstraathoeck (4 kilomètres au sud d’Ypres) ;il se replie sur la rive gauche du canal et marche sur Ypres.

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